Ce matin, le soleil s’est levé au-dessus d’une rizière, à deux pas de ma tête. Pas de doute, j’y suis pour de vrai.
Dans la même veine que le premier vol, mon vol entre Abu Dhabi et Jakarta était d’un grand confort. Je crois clairement avoir trouvé la voie de la moindre souffrance vers l’Asie du Sud-Est : prendre un vol pour l’Europe, puis Etihad via Abu Dhabi jusqu’à destination.
L’aéroport de Jakarta est un vrai désastre, plein de points de sécurité incompréhensibles et absolument non-nécessaires et mille accès qui devraient être surveillés qui ne le sont pas. J’ai réussi à obtenir mon « Visa on arrival » sans trop de problèmes, en payant en dollars américains et en demandant du change en rupeeas, ce qui m’a permis de gérer sans retirer d’argent local.
Preuve que j’étais bien arrivée, on m’a immédiatement sautée dessus à ma sortie des douanes, on voulait m’aider, mon montrer le chemin, et puis je me suis fâchée, signifiant clairement que je ne paierais pas pour me faire escorter à une porte d’embarquement. A la seconde que j’ai mentionné que je n’étais pas disposée à allonger mes quelques rupeeas, on m’a laissée tranquille et j’ai trouvé en 5 minutes qu’il y avait en fin une navette gratuite vers le terminal où j’allais (Sokerto-Hata est un immense aéroport…) et que le taxi était clairement une escroquerie !
Mais les Indonésiens à l’aéroport étaient gentils comme tout, m’ont fait imprimer mon billet dont je n’avais qu’une facture, m’ont indiqué où aller au terminal 2 pour internet et tout le tintouin. J’ai finalement trouvée Caroline, qui étudie avec moi et s’en allait aussi à l’École d’été à Yogyakarta, et on a passé l’après-midi à se rendre au terminal 2, pour envoyer 3 courriels, et revenir au terminal 3 pour s’enregistrer et manger. A la porte d’embarquement nous avons facilement repéré d’autres petits blancs (des Autrichiens) qui attendaient, signe visible qu’ils étaient sans doute nos compatriotes pour le prochain mois. Ils ont eu l’air vaguement traumatisé quand je les ai abordés en demandant : « êtes-vous Matthias, Stefanie et Julia ? », mais bien content de trouver deux autres galopins.
Soulagement, notre hôte était à l’aéroport pour nous récolter à la sortie de l’avion et Stefanie (ils disent plutôt Chtefie) habitait avec moi, et une Slovène du nom de Bilka. Bilka était arrivée plus tôt, nous lui avons donc posé les pressantes questions : comment est la maison ? mais surtout, qu’en est-il des toilettes ? Ça a d’ailleurs donné lieu au premier quiproquo interculturel : Bilka nous ayant dit qu’il y avait une vraie toilette, mais sans chasse d’eau, nous nous sommes enquéries à notre hôte du mode de fonctionnement de la chose. Elle nous a regardé d’un regard complètement désabusé et c’est assis sur le bol de toilette en disant d’un air décidé : « you sit ! ». Moment de flottement : « and then you go… ». Mortifiées, nous avons rapidement clarifié que le mode d’utilisation de la cuvette nous paraissait familier, mais que la chasse d’eau moins. A peine moins confuse, elle a bougé un couvercle et actionner la chasse d’eau, comme partout en Amérique du Nord et en Europe. Complètement ridiculisées, nous avons du tenter d’expliquer que, oui, nos toilettes sont comme ça, qu’il y avait eu confusion, avec un succès mitigé par contre.
J’ai réussi l’exploit de la douche avec un pommeau à un mètre du sous-sol en plein milieu de la salle de bain (garder sa serviette sèche y est un combat de tous les instants !) et du retrait des verres de contact de façon à peu près sanitaire : l’eau ici est propre, mais absolument non potable, même les Indonésiens n’en boivent strictement jamais et quand nous avons questionné Aninda à ce sujet elle s’est vigoureusement écriée dans son anglais hésitant, mais soudainement plus fluide : « Don’t drink ! Never ! ». Nous nous sommes tenu cela pour dit. Même si cela impliquer de se rincer les mains à l’eau bouillie avant de se toucher les yeux, ou de faire de même pour se brosser les dents.
Notre premier avant-midi pseudo-scolaire était risible : l’équipe de la logistique ne savait pas trop où donner de la tête et l’anglais de tous les organisateurs était tellement minimaliste que nous avions peine à nous concentrer un instant. Au moins, tout le monde était arrivés sains et saufs et semblaient avoir respecté le code vestimentaire universitaire suffisamment pour ne pas soulever l’ire du personnel (les filles avec qui nous vivons, qui semblent rarement porter le voile à la maison ou en sortant, le mettent toutes à l’université, qui est fortement religieuse).
Les 75 étudiants inscrits de 8 pays ont rapidement trouvé le sujet de conversation universel sur lequel tout le monde à quelque chose à dire autour de notre pause café : les installations sanitaires de nos familles respectives ! L’un expliquait la rudimentarité de sa toilette turque et l’autre le mode de fonctionnement de sa pseudo-douche, pendant qu’un sondage ad hoc se faisait par soi-même sur l’utilisation du papier de toilettes dans nos demeures. Fort divertissant.
Cela étant tout pour la journée à l’université, pas de quoi se fouler un neurone, nous sommes partis vivre notre vie en déambulant des les rues en grappe de quelques uns, alors que déjà les gens activaient pour quelques sous des téléphones cellulaires et s’envoyait des hordes de messages textes pour faire des plans pour la soirée ! On ne se déconnecte pas facilement !
Mon après-midi en ville fut délicieux : rues charmantes, pousses-pousses partout, étals colorés, des enfants aux bouilles fripouilles (j’ai joué à la cachette avec deux petits qui semblaient dépassés par le fait que la madame blanche aux longs cheveux fasse une telle chose ! j’ai eu droit à 5 bonnes minutes d’au revoir enthousiastes !), des jus et des repas sur le gril. Même si j’ai mangé à des endroits plutôt décents, il semble que la nourriture dans la rue soit habituellement sécuritaire, tant que le respecte la règle de base : « peel it, boil it, or just forget it ». bien que nous ayons tous transgressé cette règle en mangeant des tranches de tomates non-pelées, nous sommes encore tous sains d’intestins ! Côté finance, tout cela coûte trois fois rien : 10 000 rupeeas pas ci, 6 000 rupeeas par là, 30 000 par là encore… à 9 000 rupeeas pour 1 dollars canadien, on se dit qu’on peut se payer le luxe du taxi (20 à 30 000 !), d’un sac en batik (15 000 !), d’une bière (22 000 !) ou d’un repas de bonne qualité (cher, donc 35 000 !)…
Les autres étudiants sont charmants, vraiment, bien qu’avec une vingtaine de Québécois (21, dont 18 de l’Université de Montréal et 16 de la même classe !), nous soyons largement les plus représentés ici ! Nous avons donc scellés notre amitié naissante autour d’une bière (miracle en cette terre d’islam à un mois du ramadan…) et de plats typiques qui ont mis près de 2h à arriver, mais en valaient le coup.
Conclusions du jour : primo avec 16 ex-prémeds ensemble, arriver ici est se retrouver entouré d’amis, ce qui d’autant plus étrange, et agréable, à l’autre bout du monde ! Je me sens déjà à la maison, tellement je suis entourée, même si mon lit sans drap demande un peu plus d’adaptation. Secundo, mes cours ne m’apprendront sûrement pas grand-chose, mais l’Indonésie tout un tas.
