Je suis une loque.
J’ai mis mon plan de fou à exécution ! Finalement, nous étions 29 à embarquer dans le bus pour le volcan (car c’est un volcan, actif de surplus !) Merapi à 22h30, après avoir mangé moult sautés très épicés au souper de bienvenue et vu plusieurs prestations de danse de Bali et Java (quand elles étaient nues des épaules ou du dos, on pouvait prédire que ce n’était pas d’ici !).
La route n’a duré que 2h, que nous étions sensés utiliser pour dormir. Bémol à l’histoire, il n’y avait que 26 places dans ce mini-bus, comme je suis rentrée en dernier pour compter mes moutons, j’ai fini par terre. De toute façon, les Québécois (encore une fois trop nombreux et motivés !) ont fait un pot-pourri de chansons qu’ils déclamaient à tue-tête. Ce doit être la première fois que des Allemands, Tchèques, Slovènes, Indonésiens, Koweïtiens et Britanniques découvrent les chansons des camps de jour québécois…
Vers 1h du matin, toujours sans sommeil, nous avons commencé l’ascension. Les premières 20 minutes étaient traitres : de l’asphalte ! Cela n’a pas duré, nous nous sommes rapidement enfoncés dans la végétation et les roches et ça s’est corsé très rapidement : nous devions progresser dans des petites crevasses, escalader des roches, ne pas débouler sur le sable et les petits cailloux qui formaient le sol et glissaient sous le pied…
De temps en temps, un petit plateau nous permettait de mesurer notre ascension, et la colonne de grimpeurs s’étirait de plus en plus. Nos guides, qui étaient 6 ou 7, s’éparpillaient pour s’assurer que personne n’était seul. Sans guide, et surtout de nuit, ça ne se grimpe pas très bien…
Les heures ont passées, interminables, une fois dans un rythme, ça n’allait pas si mal, mais nous étions mal équipés, il n’y a pas à dire. Mes souliers n’avaient aucune adhérence, je n’avais pas de bonne nuit de sommeil depuis plus d’une semaine, j’étais enrhumée et insuffisamment habillée, etc. J’ai pensé m’arrêter plusieurs fois, tant la fatigue était forte, à plus de 2000 m, sans sommeil, un rhume et un mal de ventre carabinés par la fatigue, ça se traduit pas de vigoureuses nausées et des étourdissements, ce qui n’aide en rien l’équilibre !
Plus ça montait et plus on était dans l’escalade plutôt que la randonnée, grimpant des rochers coupants en pente à près de 45 degrés parfois. Comme je n’avais pas de lampe frontale, je passais ma torche d’une main à l’autre, pour varier mes points d’appuis, mais ce n’était pas idéal.
Puis l’inattendu : sous la main, la roche me paraissait soudainement plus chaude. Moi qui était frigorifiée, tremblante de froid depuis des heures, je me sentais bien. Au début, je me disais que c’était mon imagination, la Tylenol devait faire effet et je me sentais mieux. Mais ça devenait vraiment très chaud, et des colonnes de fumée se sont mises à sortir du sol ! Nous étions à un endroit où du souffre sortait de la pierre, et la lave était plus proche. En complète béatitude, nous nous sommes roulés au sol en attendant, histoire d’arriver en haut vraiment pour le lever du soleil, parce qu’en haut il faisait bien plus froid…
Tout cela valait le coup mille fois : le panorama était sans doute le plus beau qu’il m’a jamais été donné de voir ! Des montagnes semblaient flotter, entourées de brume, les pitons de roche volcanique étaient déchiquetés, du souffre sortait du sol en nuage, un immense cratère s’enfonçait dans les profondeurs du volcan. Finalement, seulement la moitié d’entre nous sont allés jusqu’au sommet.
La descente fut un enfer : tout ce qui glissait sous le pied à la montrée, déboulait à la descente. Et moi de même. Après une vingtaine de chutes sans gloire, ni grâce, j’ai arrêté de compter. Par moment, je dévalais, sur le postérieur, dans le sable et la roche, sans arriver à contrôler ma descente, m’accrochant vigoureusement aux herbes pour tenter de m’arrêter. J’ai eu beau essayer tous les trucs, j’avais perpétuellement l’air d’une idiote, tombant aux trois pas, et parfois trois fois de suite, fonçant des les arbres, déclenchant des avalanches. Même notre guide, complètement impassible et qui n’adressait jamais un mot a éclaté de rire sans pouvoir se contrôler, avant de m’indiquer que de mémoire d’homme, personne ne descendait une montagne aussi mal que moi.
Après avoir mis presque autant de temps à descendre qu’à monter (3h50 versus 4h15) nous sommes arrivées à la base, après une nuit blanche dans la montagne. Mes rotules ne répondent plus à mes commandes, je n’arrive plus à monter ou descendre un escalier et mes orteils souffraient tant qu’ils étaient devenus croyants, comme le disait Sarah. Et quand tes orteils se mettent à avoir la foi de leur propre chef, tu sais que tu es dépassé par la situation.
Le reste de la journée fut consacré à rentrer chez moi (j’avais perdu l’adresse, c’était donc une aventure, surtout que les chauffeurs ne parlent pas anglais, j’étais donc en plein mime du chemin, avec des résultats mitigés, mais je suis arrivée !) au lavage de mes plaies (les égratignures compétitionant la peau saine en superficie sur mes mollets, sans compter mes mains) et à une expédition particulière. Sarah et moi avons découvert qu’au centre commercial pas loin, l’on peut se faire masser pour 50 000 rupeeas, donc 6$, pendant 1 h ! Courbaturées comme jamais, nous en avons profité. Ils sont très vigoureux dans leurs massages ici, et à la première tape, tu sursautes, avant de réaliser que c’est assez délassant. Le massage du mollet raqué était un supplice, mais je sais que demain je béatifierai cette masseuse pour ses miracles.
