mardi 15 septembre 2009
Conclusion
Je suis un peu excessive. Quand on me demande quelque chose qui me tente, ne serait-ce qu’un tantinet, j’ai la fâcheuse manie d’acquiescer. On m’a demandé d’écrire pour le Pouls et malgré que fait que ma toute nouvelle liste de tâche (la plus récente fonctionnalité de mon ordinateur) me rappelait constamment combien de choses devaient être accomplies, et vite, j’ai accepté. Semi-sordide diront certains. Déni, diront d’autres. Apparemment, parce que j’ai pris 11 avions cet été, il semble y avoir un consensus qui va comme suit : je devrais avoir quelque chose à dire. Oh. De fait, j’ai peu de crédibilité à dire le contraire : j’ai une extinction de voix (trop parlé ?) et j’ai écrit environ 200 pages sur mon blog cet été. Ce qui me triture, c’est plutôt d’avoir quelque chose de pertinent à raconter. C’est une chose d’écrire pour se souvenir, pour comprendre, pour s’échapper, pour prendre prise ou alors la lâcher. Cela en est une autre de le faire pour que quelqu’un en retire quelque chose. Partir loin est tellement tentant quand on cherche des réponses. Même si on trouve surtout des questions en plus. Et on revient un peu confus de ne pas se sentir plus solide sur ses pattes. C’est un grand mythe, aussi bien le déboulonner derechef : voyager ne permet pas de se trouver, en fait on s’y perd bien plus souvent. On va apprendre par contre, tout un tas de choses. Certaines qu’on admet bien : après les 11 avions, il y a aussi eu 8 bus et 5 trains je peux facilement dire qu’une chose que j’ai en plus, c’est de la patience. Une vertu très à développer dans mon cas. D’autres qu’on avoue moins bien : rares sont ceux qui se vanteront d’avoir appris à uriner dans une toilette turque sans s’en mettre partout. Cela reste un apprentissage complexe. On ne dira pas non plus qu’on s’est trouvé égocentrique ou pantouflard, même si c’est une révélation très commune du voyage… Quelque chose de très populaire, c’est de raconter comment on a compris la pauvreté, ou la simplicité, ou le bonheur d’indigènes batifolant nus dans la jungle. Ça n’a pas grande valeur de raconter ça à qui ce soit, ça ne sert qu’à se conforter un peu dans l’idée que le bonheur se trouve chez les pauvres, ce que beaucoup utilisent pour se dire que dans ce cas, ce n’est pas bien grave s’ils crèvent de faim, de froid ou de tuberculose (il fallait que je le dise !). C’est archi-faux : le bonheur, comme la bêtise, se trouve chez les riches et les pauvres, les beaux et les laids. Ça ne justifie en rien le fait que l’on maintienne d’autres humains dans la pauvreté. Que l’on sifflote pendant que ça tombe comme des mouches. Je fais partie de l’école de pensée de ceux qui disent qu’il n’est pas nécessaire de voir pour s’insurger. Pas besoin de parler quechua pour crier haut et fort que les conditions de santé des autochtones péruviens sont terribles. Pas besoin d’avoir parcouru l’Afrique pour demander un meilleur accès aux antirétroviraux. Pas besoin d’avoir vu la tuberculose consommer quelqu’un pour s’époumoner devant le piètre travail fait dans le domaine. Non, pas besoin, et j’en suis la preuve, moi qui compte les secondes et à chaque fois que ça fait dix, j’ai un petite encoche au cœur, parce que quelqu’un vient de mourir de la TB. Mais ceci n’est pas à propos de moi. D’ailleurs, les perspicaces me rappelleront que les chandails que j’ai enfilé à tous de gré ou de force disent « un décès chaque 15 secondes », mais ça, c’est les rapports gentils de l’OMS, ce qui est largement, très largement sous-estimé. On peut donc s’offusquer sans voir, mais voir reste très instructif. Je n’ai pas vu d’indigènes batifoler nus, j’étais à Java, est dans une grande ville du plus populeux pays musulman au monde, on se promène pas très nus. On meurt de la TB par contre. Vous savez qu’on appelle la TB la « consumption » en anglais ? Parce que les gens se consomment, à peine s’ils ne partent pas en fumée. Je n’avais jamais vu de patient à ce stage, mais quand je l’ai vu sur son lit au matelas fin comme une feuille, j’aurais pu le diagnostiquer du regard. Son corps criait la tuberculose qui le mangeait tout rond. Quand il a voulu s’asseoir, il a été pris d’une quinte de toux et, comme pour bien exemplifier tous les symptômes, a fait un épisode d’hémoptysie sur le champ. Le morceau de poumon qui lui est littéralement sorti de la bouche, parce que c’était clairement pas juste du mucus et un peu de sang, avait la taille d’une bonne balle de golf. Mes yeux sont sortis de mes orbites presque autant que les siens. Et c’est là que vient la chair derrière tous mes mots, ce que j’ai cru apprendre presque 2 mois. Il y a un terme fabuleux en anglais, et je le dis malgré mon attachement féroce à la langue de Molières : to care. La meilleure traduction est « se soucier », mais ça sonne moche. Se soucier est terriblement difficile. En fait, dans ce programme qu’on appelle pompeusement le doctorat en médecine et qui après quelques années et tours de moulinet est sensé faire de vous un médecin, on va passer beaucoup de temps à essayer de nous apprendre à ne pas trop se soucier. Oui, oui là, il faut bien se soucier de nos patients un peu, mais pas trop quand même. Une distance, saine dit-on. Du professionnalisme. C’est de la foutaise : il faut se soucier comme des fous. Corps et âmes. Parce qu’il est tout à fait erroné que cela fait de nous des moins bons médecins. La seule raison pour laquelle on nous dit de ne pas le faire, c’est parce que c’est dur. Le plus dur, c’est de ne pas détourner le regard. Pour se soucier de quelqu’un, il faut d’abord le regarder en face. Il est tellement facile de faire glisser les yeux d’un côté. C’exactement pour ça que tant de gens partent aider et ne font rien : ils tendent la main avec les yeux serrés bien durs. En plus, ils se soucient rarement de savoir si quiconque voulait prendre la dite main. Mais ce qui est certain, c’est que de se balader dans la vie les yeux résolument clos, en chantonnant pour ne pas entendre en plus, ne nous amène rien de rien. Ceux qui se soucient comme des fous ne sont pas malheureux, au contraire. Il n’est pas vrai qu’ils portent le monde sur les épaules. Quand on se soucie des autres, quand on veut que personne ne meure de maladies que l’on prévenir et traiter, quand on arrive à voir chaque être humain comme valant tout autant que soi si ce n’est plus, alors on va se coucher heureux le soir. Celui qui s’est insurgé à fait tout ce qu’il pouvait, et après le dur labeur d’une journée à faire son possible, on dort du sommeil du juste. La tête lourde de sommeil, mais les épaules légères. Celui qui fait son chemin les yeux fermés à longueur de journée n’arrive plus à laisser tomber ses paupières le soir venu. Le monde est un bordel, mais quand on n’a même pas eu le courage de le regarder comme tel, de prendre la souffrance dans ses yeux et de se dire : je ne fléchirai pas, je ne détournerai pas le regard, alors on a les yeux qui restent ouverts à fixer le plafond. Et les épaules pesantes de celui qui porte l’univers sur ses épaules. On vous regarde, et vous ?
partie 2/2 (la conclusion suit...)
Le problème c’est que je suis arrivée en Grèce passé 21h, seule, sans numéro de téléphone où appeler Nikos, sans idée de où aller, et que tout était écrit en grec… Bon. Après avoir trouvé un lieu avec internet (le lobby d’un hôtel) et trouvé un numéro de cellulaire pour ce cher Nikos que je cherchais et avoir confirmé que les auberges de jeunesse n’existent pas dans la 2e plus grande ville de Grèce, je me suis fait dire par le petit monsieur qui a téléphoné pour moi « zi number dous’nt exiiist ». Je lui fais répéter : même réponse. Il était maintenant 22h, j’étais dans un cartier plein de clubs de danseuse où tout est écrit en symboles mathématiques et j’avais épuisé mon seul contact grec. Faute de savoir que faire, je suis retournée à la gare près du lieu où le bus m’avait déposé, parce qu’en Grèce les bus internationaux te débarquent à leurs bureaux, pas à la gare, mais heureusement cette fois la gare n’était pas loin. Je me suis mise à jaser avec un backpacker croatien qui me propose à ma demande d’envoyer un message texte avec son cellulaire, juste pour être certaine que le numéro ne marchait pas. Comme de fait, 45 secondes plus tard le téléphone sonne et 3 minutes à peine se sont écoulées jusqu’à ce que Nikos arrivent en trombe au volant de sa voiture rouge pompier. Bamba ! La magie d’IFMSA venait d’opérer : tu arrives dans un pays, tu appelles l’étudiant que tu connais le plus qui y habite, il rappliquer en moins d’un quart d’heure. C’était le début de mon 24h de délire en Grèce qui s’est composé de deux choses (mis à part du sommeil de qualité et de l’eau chaude, des premières) : marcher dans la ville, magnifique, et manger de la bouffe grecque, c’est-à-dire sublime. Nikos a baladé Johny et moi (on a fini par trouver Johny la veille) dans la ville jusqu’à ce que je Dr Benos (mon conférencier d’amour du pre-GA, le médecin grec le plus cool de l’univers) nous amène diner, ce qui a trainé… jusqu’à ce que Nikos me rappelle que j’avais un avion à prendre. J’ai promis de revenir. Et je suis partie.
A Bucarest j’ai rencontré un étudiant mi-koweïtien et mi-roumain qui revenait étudier… à Montréal. On a sympatisé et il m’a convaincu que de passer plus de 15h, de nuit, dans un terminal miteux de Charles de Gaulle était une mauvaise idée. On a décidé de louer une chambre d’hôtel : quand tu voyages avec un musulman qui lit le coran en avion, tu t’inquiètes pas de partager une chambre avec un presque inconnu ! De toute façon, il a passé la nuit à marcher dans Paris. Je n’avais pas envie de payer 20 euros aller et 20 euros retour pour marcher de nuit dans la ville, « Lumière » ou pas. J’ai pris mes courriels, préparé mon retour, et j’ai dormi pour oublier mon retour.
Et me voilà, revenue depuis presque 1 mois. Doucement je glisse dans ma vie de nouveau, mais l’envie de repartir démange. C’est sain ? Bonne question. Pas grave. Dans les choses que j’ai compris en voyage, il y a ça, entre autres choses : j’ai besoin de bouger, et le style de vie me va. Alors je vais continuer de courir les avions et les conférences, parce qu’il se trouve qu’écouter et donner des conférences et des ateliers, ça m’allume, ça me rend heureuse, et apparemment je fais ça bien. En attendant, en guise de conclusion, je vous joint mon dernier article, et je retourne à ma vie d’étudiante en médecine occupée, qui fait ses APP (apprentissage par problème) la veille, pédale avec son sarrau sous le bras jusqu’au centre hospitalier de Verdun tous les mercredi matin, et se transforme en vice-présidente déchainée pour IFMSA-Québec la nuit, en pianotant comme une folle sur mon nouveau mari, mon MacBook.
Alors je suis revenue, mais ne partez pas si vite de ce groupe, je repartirai bientôt.
A Bucarest j’ai rencontré un étudiant mi-koweïtien et mi-roumain qui revenait étudier… à Montréal. On a sympatisé et il m’a convaincu que de passer plus de 15h, de nuit, dans un terminal miteux de Charles de Gaulle était une mauvaise idée. On a décidé de louer une chambre d’hôtel : quand tu voyages avec un musulman qui lit le coran en avion, tu t’inquiètes pas de partager une chambre avec un presque inconnu ! De toute façon, il a passé la nuit à marcher dans Paris. Je n’avais pas envie de payer 20 euros aller et 20 euros retour pour marcher de nuit dans la ville, « Lumière » ou pas. J’ai pris mes courriels, préparé mon retour, et j’ai dormi pour oublier mon retour.
Et me voilà, revenue depuis presque 1 mois. Doucement je glisse dans ma vie de nouveau, mais l’envie de repartir démange. C’est sain ? Bonne question. Pas grave. Dans les choses que j’ai compris en voyage, il y a ça, entre autres choses : j’ai besoin de bouger, et le style de vie me va. Alors je vais continuer de courir les avions et les conférences, parce qu’il se trouve qu’écouter et donner des conférences et des ateliers, ça m’allume, ça me rend heureuse, et apparemment je fais ça bien. En attendant, en guise de conclusion, je vous joint mon dernier article, et je retourne à ma vie d’étudiante en médecine occupée, qui fait ses APP (apprentissage par problème) la veille, pédale avec son sarrau sous le bras jusqu’au centre hospitalier de Verdun tous les mercredi matin, et se transforme en vice-présidente déchainée pour IFMSA-Québec la nuit, en pianotant comme une folle sur mon nouveau mari, mon MacBook.
Alors je suis revenue, mais ne partez pas si vite de ce groupe, je repartirai bientôt.
un mois plus tard, mais vaut mieux tard que jamais!
Voici le courriel de la fin de mes péripéties... ça m'a pris presque un mois me rendre à "ça" dans ma to-do list, alors désolée du retard. Le message est en 2 parties, et ma "conclusion" suit... je sais que presque personne ne lit tous les messages, mais j'avais déjà tout écrit, aussi bien l'envoyer...
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Je pars. Je pars. Je reviens ? Je me souviens d’avoir répété, encore et encore, « je pars, je pars », comme un mantra qu’on n’aime pas, mais qu’on répète quand même, pour mieux l’avaler. Nikos et Johny m’ont laissée à l’aéroport, et je partais, déjà, presque pour de vrai. Il y a eu 3 avions, donc ça ne faisais que commencer, mais je savais que je ne sortirais plus des aéroports, donc c’était quand même un départ. J’ai fait quelques provisions, et je me suis gâtée de la crème glacée pendant qu’il était encore temps. Comme ça ne passe pas la sécurité, même les meilleurs gelatos, je me suis assise pour déguster mes derniers moments en Grèce et en voyage, en même tant que les dernières cuillérées de glace à la fraise. J’ai eu de la difficulté à viser ce qui restait au fond du bol à la fin, j’avais les yeux embués.
Mais bon, je suis revenue, et il reste bien des histoires à raconter jusqu’à cet atterrissage à Montréal, et après. Comme il me restait beaucoup d’heures avant d’être vraiment revenue. Un vol de Thessaloniki à Bucarest, un de Bucarest à Paris, 15h d’attente, et mon vol pour Montréal.
L’autre soir, mon dernier en Albanie, je suis allée souper avec des amis Danois. C’est déjà loin, mais c’est encore frais. Ils passaient par la même ville par chance, juste avant que je parte. Ils étaient confortablement installés à Dhermi, à quelques heures de bus, mais n’avaient plus d’argent liquide, et Dhermi ne possède pas de guichet : ils ont du sauté dans le bus en sautant le déjeuner, et me sont atterris dessus à Saranda. Un petit souper avec un serveur qui en parle pas un traitre mot de quoi que ce soit d’autre qu’albanien, des plats froids et mal cuits plus tard, on a opté pour une jasette dans leur micro-appart loué. C’était le début des derniers adieux. D’abord eux, puis Elly, ma demi-grecque naturalisée british chérie.
Pour repousser les adieux, elle a marché avec moi vers le bus qui, à l’aube suivante, devait m’amener vers Korca, à la frontière grecque, ou presque. Elle a du rebrousser chemin avant qu’on soit arrivées à la station de bus qui n’en est pas une : elle avait son propre bus à attraper. Elle m’a laissé avec une grand-mère albanaise qui a décidé de me prendre en main. Grand bien m'en fasse! J’ai été chanceuse, sans elle je n’aurais pas trouvé l’endroit à temps et sans elle pour vociférer au chauffeur, je n’aurais certainement pas eu de banc pour me poser pendant les quelques 9h de trajet. J’avais donc réussi à me rendre et m’asseoir, mais ça ne faisait pas 5 min que j’y étais qu’une enguelade monstre a éclaté dans le bus. Je n’y comprenais rien, mais ça semblait être à propos de sièges réservés que certains n’auraient pas eu. Pour la première fois en 7 semaines et peut-être même dans ma vie, je crois avoir vécu un choc culturel. J’étais crevée, j’étais malade, il faisait sombre et froid, le bus était sale et miteux et des dizaines de gens un peu miteux aussi vociféraient dans une langue complètement inconnue et pas tendre à l’oreille. Je voulais être n’importe où, sauf là, je voulais disparaître, je voulais ma Maman, je voulais me cacher sous mon banc. Ça a passé. Les gens se sont calmés, ils se sont assis sur des tabourets dans l’allée centrale ou se sont tenus debout, le soleil s’est levé, il faisait maintenant trop chaud, et je toussais toujours autant, mais je ne voulais plus disparaître d’Albanie. Les arrêts étaient sporadiques. Personne ne parlait anglais. Je me suis commandée un bol de riz en language des signes dans un restaurant sur le bord de la route. Mon plan avait eu un raté : je devais rencontrer Johny l’Irlandais dans mon bus. On nous avait dit qu’après Saranda, le bus s’arrêtait à Gyrokastro, comme Johny y était avec Axel, notre néerlandais national, il devait sauter dans le bus et de là on irait en Grèce rejoindre notre ami Nikos. Sauf que là il n’y avait pas de Johny, et avec lui pas de cellulaire pour appeler Nikos, et pas de numéro où rejoindre ce cher Nikos. Je me suis dit que me rendre à Korça était la priorité.
Sauf qu’une fois à Korça, mes idées de trouver un moyen de communiquer avec Nikos ont été modifiées au moment même où j’ai demandé où était le bus pour Thessaloniki : on m’a pris par la main, tirée, poussée, presque lancée dans un bureau de bus (faute de langue en commun, la vendeuse et moi avons décidé de faire la transaction… en italien ! Ben oui toi…) et ensuite – vlan – dans un taxi qui a rattrapé un bus dans lequel j’ai finalement pu embarquer. C’est seulement à ce moment que j’ai compris qu’on venait de me faire rattraper un bus transnational par course express. Pas mal. Sauf que la veille grecque à côté de moi était pas contente qu’on m’ait attendu à la station-service, puis assise de force... juste à côté d’elle. Personne dans le bus ne parlait français, anglais, ou espagnol. Pour la 3e fois en quelques jours, je me suis résignée à communiquer en italien (n’oublions pas ma demi-heure de conversation avec le couple italien en rêvant sur le pouce des plages de Ksamil…). Une fois que la veille dame a compris que j’étais une canadienne, pas une américaine, et que je parlais français, elle s’est adoucie un peu… puis je lui ai offert de mes maigres prévisions : elle a souri. 10 minutes plus tard, elle m’avait adoptée. Elle me chantait les comptines apprises en français dans son enfance (hilarant!), elle me promenait partout à chaque arrêt, me nourrissait de force (littéralement, je n’avalais pas assez vite mon pain, elle me le mettait en plein visage !). Pour elle, l’idée d’une jeune femme voyageant seule était horrifiante, et j’avais donc besoin d’être protégée… La frontière grecque a été une expérience pénible de 3h, mais ce n’est pas pire que les frontières hongroises, serbes, macédoniennes, albanaises, … et soudainement, le miracle : des routes lisses, lisses comme une peau de bébé. Et une vitesse de croisière qui double presque… la Grèce, enfin, me suis-je dit avec un soupir.
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Je pars. Je pars. Je reviens ? Je me souviens d’avoir répété, encore et encore, « je pars, je pars », comme un mantra qu’on n’aime pas, mais qu’on répète quand même, pour mieux l’avaler. Nikos et Johny m’ont laissée à l’aéroport, et je partais, déjà, presque pour de vrai. Il y a eu 3 avions, donc ça ne faisais que commencer, mais je savais que je ne sortirais plus des aéroports, donc c’était quand même un départ. J’ai fait quelques provisions, et je me suis gâtée de la crème glacée pendant qu’il était encore temps. Comme ça ne passe pas la sécurité, même les meilleurs gelatos, je me suis assise pour déguster mes derniers moments en Grèce et en voyage, en même tant que les dernières cuillérées de glace à la fraise. J’ai eu de la difficulté à viser ce qui restait au fond du bol à la fin, j’avais les yeux embués.
Mais bon, je suis revenue, et il reste bien des histoires à raconter jusqu’à cet atterrissage à Montréal, et après. Comme il me restait beaucoup d’heures avant d’être vraiment revenue. Un vol de Thessaloniki à Bucarest, un de Bucarest à Paris, 15h d’attente, et mon vol pour Montréal.
L’autre soir, mon dernier en Albanie, je suis allée souper avec des amis Danois. C’est déjà loin, mais c’est encore frais. Ils passaient par la même ville par chance, juste avant que je parte. Ils étaient confortablement installés à Dhermi, à quelques heures de bus, mais n’avaient plus d’argent liquide, et Dhermi ne possède pas de guichet : ils ont du sauté dans le bus en sautant le déjeuner, et me sont atterris dessus à Saranda. Un petit souper avec un serveur qui en parle pas un traitre mot de quoi que ce soit d’autre qu’albanien, des plats froids et mal cuits plus tard, on a opté pour une jasette dans leur micro-appart loué. C’était le début des derniers adieux. D’abord eux, puis Elly, ma demi-grecque naturalisée british chérie.
Pour repousser les adieux, elle a marché avec moi vers le bus qui, à l’aube suivante, devait m’amener vers Korca, à la frontière grecque, ou presque. Elle a du rebrousser chemin avant qu’on soit arrivées à la station de bus qui n’en est pas une : elle avait son propre bus à attraper. Elle m’a laissé avec une grand-mère albanaise qui a décidé de me prendre en main. Grand bien m'en fasse! J’ai été chanceuse, sans elle je n’aurais pas trouvé l’endroit à temps et sans elle pour vociférer au chauffeur, je n’aurais certainement pas eu de banc pour me poser pendant les quelques 9h de trajet. J’avais donc réussi à me rendre et m’asseoir, mais ça ne faisait pas 5 min que j’y étais qu’une enguelade monstre a éclaté dans le bus. Je n’y comprenais rien, mais ça semblait être à propos de sièges réservés que certains n’auraient pas eu. Pour la première fois en 7 semaines et peut-être même dans ma vie, je crois avoir vécu un choc culturel. J’étais crevée, j’étais malade, il faisait sombre et froid, le bus était sale et miteux et des dizaines de gens un peu miteux aussi vociféraient dans une langue complètement inconnue et pas tendre à l’oreille. Je voulais être n’importe où, sauf là, je voulais disparaître, je voulais ma Maman, je voulais me cacher sous mon banc. Ça a passé. Les gens se sont calmés, ils se sont assis sur des tabourets dans l’allée centrale ou se sont tenus debout, le soleil s’est levé, il faisait maintenant trop chaud, et je toussais toujours autant, mais je ne voulais plus disparaître d’Albanie. Les arrêts étaient sporadiques. Personne ne parlait anglais. Je me suis commandée un bol de riz en language des signes dans un restaurant sur le bord de la route. Mon plan avait eu un raté : je devais rencontrer Johny l’Irlandais dans mon bus. On nous avait dit qu’après Saranda, le bus s’arrêtait à Gyrokastro, comme Johny y était avec Axel, notre néerlandais national, il devait sauter dans le bus et de là on irait en Grèce rejoindre notre ami Nikos. Sauf que là il n’y avait pas de Johny, et avec lui pas de cellulaire pour appeler Nikos, et pas de numéro où rejoindre ce cher Nikos. Je me suis dit que me rendre à Korça était la priorité.
Sauf qu’une fois à Korça, mes idées de trouver un moyen de communiquer avec Nikos ont été modifiées au moment même où j’ai demandé où était le bus pour Thessaloniki : on m’a pris par la main, tirée, poussée, presque lancée dans un bureau de bus (faute de langue en commun, la vendeuse et moi avons décidé de faire la transaction… en italien ! Ben oui toi…) et ensuite – vlan – dans un taxi qui a rattrapé un bus dans lequel j’ai finalement pu embarquer. C’est seulement à ce moment que j’ai compris qu’on venait de me faire rattraper un bus transnational par course express. Pas mal. Sauf que la veille grecque à côté de moi était pas contente qu’on m’ait attendu à la station-service, puis assise de force... juste à côté d’elle. Personne dans le bus ne parlait français, anglais, ou espagnol. Pour la 3e fois en quelques jours, je me suis résignée à communiquer en italien (n’oublions pas ma demi-heure de conversation avec le couple italien en rêvant sur le pouce des plages de Ksamil…). Une fois que la veille dame a compris que j’étais une canadienne, pas une américaine, et que je parlais français, elle s’est adoucie un peu… puis je lui ai offert de mes maigres prévisions : elle a souri. 10 minutes plus tard, elle m’avait adoptée. Elle me chantait les comptines apprises en français dans son enfance (hilarant!), elle me promenait partout à chaque arrêt, me nourrissait de force (littéralement, je n’avalais pas assez vite mon pain, elle me le mettait en plein visage !). Pour elle, l’idée d’une jeune femme voyageant seule était horrifiante, et j’avais donc besoin d’être protégée… La frontière grecque a été une expérience pénible de 3h, mais ce n’est pas pire que les frontières hongroises, serbes, macédoniennes, albanaises, … et soudainement, le miracle : des routes lisses, lisses comme une peau de bébé. Et une vitesse de croisière qui double presque… la Grèce, enfin, me suis-je dit avec un soupir.
dimanche 16 août 2009
Albanie
L’Albanie est sous-estimée. Gravement. Je ne m’imaginais pas que ça serait si beau, que j’aimerais autant ça, que les gens seraient aussi gentil. Qu’autant de modernisme et d’européanité côtoieraient autant de pauvreté et de nationalisme distinctif. L’Albanie a vécu des booms économiques et des chutes assez drastiques, assez rapidement. Ça construit partout, mais beaucoup d’immeubles à demi-construits sont abandonnés. Des promenades sur la mer, des églises réputées, des cars de touristes… on dirait Barcelone, la riviera française, des pans d’Italie. Mais personne ne parlera anglais, ou presque et encore quelques mots. Mis à part quelques villes, on ne connaît pas trop les touristes. Et quand on en connaît ce sont les voisins : les Italiens, d’autres Balkanais. Même là, les Italiens et les Grecs se considèrent souvent comme trop civilisés pour venir en Albanie. Ça a des bons, ce moins d’européanité : ici on ne t’arnaque pas et on ne vole pas, ou si rarement. On s’endort sur la plage avec des sacs à côté : ça ne tiendrait pas 10 min en Espagne. Ici pas de problème. Et c’est beaucoup, beaucoup moins cher de l’Europe de l’Ouest. Il y a des petits rappels du statut de « pays en transition ». Les poubelles, par exemple, qui traînent un peu partout, ce qui est très peu sexy et généralement malodorant. Même que ce matin, mine de rien, je descends de l’immeuble où est notre auberge et qu’est-ce que je vois pas ? Pas une, mais deux vaches. Deux vaches, pas du tout attachées, en train de brouter des sacs de plastique pleins de vidanges, comme ça, très relax. Ok. Un rappel parmi tant d’autres de ce qu’est l’Albanie. Ça et des gens si gentils, mais qui lancent des roches aux romanichels et autres gitans. Des Mercedes à côté des veilles voitures rouillées. Des veilles robes fleuries et des vêtements de marque.
De Berat, nous sommes venus ici, à Saranda. C’était la mer enfin. À Elly, Johny et moi s’est ajouté Axel, un néerlandais sympathique qui ne se débrouille pas trop mal en albanais, ça a été très utile. On a trouvé l’auberge du siècle, bien cachée : 8e étage d’un immeuble résidentiel, vue incroyable sur la mer, à 45 sec de la plage. C’est tellement bien caché qu’ils viennent te chercher au centre-ville, leur carte dit : « allez au Happy hour bar, dîtes bonjour au barman, qu’il nous appelle. Et ça marche comme un charme.
De Saranda, on peut aller à bien des places autour. Hier, c’était Butrint et Ksamil. Butrint c’est l’Éphèse albanaise. Je n’ai pas vu Éphèse, mais apparemment ça rivalise bien. Avec pas mal de touristes en moins. C’est un site de ruines incroyablement riches et diverses : romaines, mais aussi ottomanes, et grecques et byzantines. De Butrint nous avons fait du pouce jusqu’à Ksamil et sa magnifique plage. Partout sur la place, on trouvait des bunkers. J’ai raconté les bunkers ? Ça va comme suit : pendant l’ère communiste, des centaines et des milliers de bunkers ont été construits, pour résister à l’invasion largement imaginaire que l’on prédisait. Ils ont la forme d’igloos sur pieds, comme des champignons, mais généralement on n’en voit que le dôme. Ils sont partout dans le nord, partout sur la côte, parfois sur le bord des routes. Et on ne peut pas les détruire ou les déplaces : ils sont coulés dans le béton et indestructibles. Alors certains les ont peints, de couleurs vives, un peu n’importe comment. C’est assez joli. Ils n’ont plus d’utilité, officiellement, même si beaucoup d’Albanais admettent que les gens semblent souvent perdent leur virginité dans le secret d’un bunker. Notre guide de voyage terminait sur cette boutade : « It gives a whole other meaning to safe sex, no ? ».
Ce matin je me suis réveillée en toussant ma vie. Je trainais un vilain mal de gorge depuis le début du pre-GA en Macédoine, mais je me disais que de parler 15h par jour et de n’en dormir que 3 ou 4, ça expliquait tout ça, et que ça passerait. Pas trop pour le moment en tout cas. Alors j’ai laissé Elly, Johny et Axel partir pour Gjyrokastro seuls, Elly revient dormir ici ce soir, je verrai les garçons demain dans le bus, celui qui m’amènera à Korca s’arrête en chemin à Gjyrokastro et ils embarqueront.
Parce que c’est déjà, un peu, le retour. À l’aurore je prendrai le bus pour Korca, plus au Nord et pas loin de la frontière grecque. Ça devrait prendre 8 à 10h. Je passerai l’après-midi à Korca et ensuite Johny et moi continueront seuls vers Thessaloniki, en Grèce, traversant ainsi le pays entier. On nous a prédit que ça prendrait 6 à 7h, pas plus : les routes grecques sont supérieurs aux routes albanaises ! Nous devrions arrive à Thessaloniki pendant la nuit et Nikos, un Grec au grand cœur rencontré au GA, va venir nous chercher pour nous offrir son plancher comme gîte. Le lendemain, je vais profiter à pleine vitesse de ma journée en Grèce, si j’en ai l’énergie. À 17h30, je m’envole (avec escale bien sûr !) pour Paris. Trop cheap pour sortir de l’aéroport, trouver une auberge et revenir le lendemain (20 euros à chaque fois, donc au moins 60 !), mon plan est de squatter un coin d’aéroport jusqu’au lendemain 13h, quand Air Transat fera décoller un avion qui me ramènera… le mot me blesse… à la maison.
Le retour est beaucoup trop rapide, pas encore vraiment désiré. Je m’accroche à l’idée de voir tous ceux que j’aime, de manger comme il faut, d’avoir mon lit. Ça ne fait pas le poids encore. Même si l’idée est intéressante. La bouffe, par exemple, sera un doux répit : en voyage tu manges au rapport calories/dollar. Et ça veut souvent dire des souvlakis ou des bureks (je rappelle : pâtisserie filo graisseuse fourrée de trucs encore plus gras), du pain et encore du pain. Heureusement que la salade de tomates et concombres est présente et pas trop dispendieuse ici, nos intestins demandent des fibres avec ardeur. Au GA, c’était la grande blague, on appelait ça le « food baby », c'est-à-dire d’avoir le bas-ventre tendu comme une femme enceinte de 2 mois au moins pas rien d’autre que notre côlon. Hilarant, mais on se tanne un peu, et on salive à l’idée d’un régime équilibré qui nous fera accoucher.
Il me reste encore un peu de temps, et je vais aller en profiter. Marcher encore sur la plage. Prendre une bière avec Elly et nos amis Danois qui sont sensés arriver ici ce soir, me saucer dans la mer, lire sur le balcon.
Bisous albanais à tous, à bientôt.
De Berat, nous sommes venus ici, à Saranda. C’était la mer enfin. À Elly, Johny et moi s’est ajouté Axel, un néerlandais sympathique qui ne se débrouille pas trop mal en albanais, ça a été très utile. On a trouvé l’auberge du siècle, bien cachée : 8e étage d’un immeuble résidentiel, vue incroyable sur la mer, à 45 sec de la plage. C’est tellement bien caché qu’ils viennent te chercher au centre-ville, leur carte dit : « allez au Happy hour bar, dîtes bonjour au barman, qu’il nous appelle. Et ça marche comme un charme.
De Saranda, on peut aller à bien des places autour. Hier, c’était Butrint et Ksamil. Butrint c’est l’Éphèse albanaise. Je n’ai pas vu Éphèse, mais apparemment ça rivalise bien. Avec pas mal de touristes en moins. C’est un site de ruines incroyablement riches et diverses : romaines, mais aussi ottomanes, et grecques et byzantines. De Butrint nous avons fait du pouce jusqu’à Ksamil et sa magnifique plage. Partout sur la place, on trouvait des bunkers. J’ai raconté les bunkers ? Ça va comme suit : pendant l’ère communiste, des centaines et des milliers de bunkers ont été construits, pour résister à l’invasion largement imaginaire que l’on prédisait. Ils ont la forme d’igloos sur pieds, comme des champignons, mais généralement on n’en voit que le dôme. Ils sont partout dans le nord, partout sur la côte, parfois sur le bord des routes. Et on ne peut pas les détruire ou les déplaces : ils sont coulés dans le béton et indestructibles. Alors certains les ont peints, de couleurs vives, un peu n’importe comment. C’est assez joli. Ils n’ont plus d’utilité, officiellement, même si beaucoup d’Albanais admettent que les gens semblent souvent perdent leur virginité dans le secret d’un bunker. Notre guide de voyage terminait sur cette boutade : « It gives a whole other meaning to safe sex, no ? ».
Ce matin je me suis réveillée en toussant ma vie. Je trainais un vilain mal de gorge depuis le début du pre-GA en Macédoine, mais je me disais que de parler 15h par jour et de n’en dormir que 3 ou 4, ça expliquait tout ça, et que ça passerait. Pas trop pour le moment en tout cas. Alors j’ai laissé Elly, Johny et Axel partir pour Gjyrokastro seuls, Elly revient dormir ici ce soir, je verrai les garçons demain dans le bus, celui qui m’amènera à Korca s’arrête en chemin à Gjyrokastro et ils embarqueront.
Parce que c’est déjà, un peu, le retour. À l’aurore je prendrai le bus pour Korca, plus au Nord et pas loin de la frontière grecque. Ça devrait prendre 8 à 10h. Je passerai l’après-midi à Korca et ensuite Johny et moi continueront seuls vers Thessaloniki, en Grèce, traversant ainsi le pays entier. On nous a prédit que ça prendrait 6 à 7h, pas plus : les routes grecques sont supérieurs aux routes albanaises ! Nous devrions arrive à Thessaloniki pendant la nuit et Nikos, un Grec au grand cœur rencontré au GA, va venir nous chercher pour nous offrir son plancher comme gîte. Le lendemain, je vais profiter à pleine vitesse de ma journée en Grèce, si j’en ai l’énergie. À 17h30, je m’envole (avec escale bien sûr !) pour Paris. Trop cheap pour sortir de l’aéroport, trouver une auberge et revenir le lendemain (20 euros à chaque fois, donc au moins 60 !), mon plan est de squatter un coin d’aéroport jusqu’au lendemain 13h, quand Air Transat fera décoller un avion qui me ramènera… le mot me blesse… à la maison.
Le retour est beaucoup trop rapide, pas encore vraiment désiré. Je m’accroche à l’idée de voir tous ceux que j’aime, de manger comme il faut, d’avoir mon lit. Ça ne fait pas le poids encore. Même si l’idée est intéressante. La bouffe, par exemple, sera un doux répit : en voyage tu manges au rapport calories/dollar. Et ça veut souvent dire des souvlakis ou des bureks (je rappelle : pâtisserie filo graisseuse fourrée de trucs encore plus gras), du pain et encore du pain. Heureusement que la salade de tomates et concombres est présente et pas trop dispendieuse ici, nos intestins demandent des fibres avec ardeur. Au GA, c’était la grande blague, on appelait ça le « food baby », c'est-à-dire d’avoir le bas-ventre tendu comme une femme enceinte de 2 mois au moins pas rien d’autre que notre côlon. Hilarant, mais on se tanne un peu, et on salive à l’idée d’un régime équilibré qui nous fera accoucher.
Il me reste encore un peu de temps, et je vais aller en profiter. Marcher encore sur la plage. Prendre une bière avec Elly et nos amis Danois qui sont sensés arriver ici ce soir, me saucer dans la mer, lire sur le balcon.
Bisous albanais à tous, à bientôt.
jeudi 13 août 2009
Tirana la belle
Avec le GA qui se terminait, il fallait vraiment que je décide ce que je faisais. C’est une chose d’être relax, mais à un moment il faut décider, quand on est la veille ! Finalement, j’ai choisi l’Albanie plutôt que la Grèce. Des copinos s’en allaient par là, ça me semblait assez exotique et l’opportunité était belle : quand est-ce que je vais aller en Albanie sinon ? La Grèce, c’est plus facile. On a commencé par une journée à Ohrid même, on était dans le coin depuis une semaine, mais coincés à Prestani, à 30 min, dans notre hôtel miteux. Parenthèse sur l’hôtel : les Macédoniens disaient que c’était du 4 étoiles… ben oui, c’est ça, et on a tous une poignée dans le dos ? Les serveurs étaient immondes, il fallait les chasser pour avoir notre bouillie quotidienne (généralement des nouilles trop cuites et froides avec un moton de feta passé date sur le dessus), et finalement tout le monde mangeait au restaurant à la fin. Je me plains rarement de la nourriture, mais là c’était simplement immonde, et ça se détériorait tous les jours ! Pour ajouter au charme de l’endroit : les toilettes étaient bouchées et inondées en permanence, les lampes nous tombaient dessus (celle de ma chambre est tombée du plafond un jour, comme ça, sans intervention extérieure !) et les murs étaient en carton (quand il y avait des murs, souvent c’était des cloisons qui n’allaient même pas jusqu’au sol).
Donc, on a quitté pour une charmante auberge de jeunesse à Ohrid. La ville était enchanteresse. Super pittoresque, des petites églises partout, des toits en tuiles rouges, des rues escarpées, et le lac, toujours sublime sous tous les angles, surtout du haut des falaises. Je suis allée marcher seule quelques heures, c’était le bonheur. Je m’arrêtais quand j’avais envie, mangeais un peu de ma miche de pain, sommeillait un peu sur une pierre, lisait un peu, marchais encore un peu, … Après 800 personnes et un horaire sans cesse, c’était bienheureux comme moment. Un bon souper, du gelato, de la rigolade sur les balcons de l’auberge. On était une bonne douzaine du GA, alors le « post-GA blues » n’a pas embarqué trop…
Ensuite, l’Albanie. Je me suis réveillée encore toute confuse vers 10h pour me faire dire que l’on partait « là là » ! Oh… ok. 4 Danois partaient en Albanie d’un côté, 2 Britanniques de l’autre. J’ai choisi de suivre les Brits et en moins de deux je me trouvais à courir avec Johny l’Irlandais et à grimper les clôtures barbelées pour qu’on se rende au village vite acheter de quoi se nourrir pendant les 8h de bus. Le bus était terriblement chaud, et nous avons été chanceux d’avoir des sièges. La frontière a pris des heures a passé, très typique des Balkans. Mais on est arrivés charmés (même si suants et crevés) à Tirana. Sans blague, jamais je ne suis arrivée dans un pays en en sachant si peu. J’ai lu la section du « Lonely planet » de quelqu’un d’autre passé la frontière. En fait, quand je suis rentrée en Albanie, je ne connaissais que deux choses : le nom de la capitale et de la monnaie. C’est peu ! Le « Lonely planet » était très instructif, et m’a fait voir Tirana d’une toute autre perspective : la capitale et le pays entier n’ont émergés du communisme il y a à peine plus de 15 ans. Les premiers touristes ne sont arrivés il y a quelques années. La ville a été transformée si rapidement, je ne sais pas comment les gens ont suivi. La population a eu une façon très créative de rendre plus agréable les bâtiments gris hérités du régime : ils ont peinturés sans craindre le ridicule. On voit ainsi un bâtiment à bois, un immeuble à rayures, un autre tout mauve, l’autre vert et orange. C’est trop sympathique. Tirana est sale, bondée, bigarrée… et terriblement attachante. On a eu un super souper très albanais : bruschetta et un fergese, un truc typiquement de la ville, très riche et délicieux, genre de ragoût plein de fromage, d’œufs de viande et d’autres choses non identifiées, le tout cuit dans un plat au four.
Il n’y a malgré tout pas grand-chose à voir à Tirana : après avoir marché, vu le musée, pris une photo de la statue de Mère Teresa, admiré l’opéra et la combinaison de minarets de clochers, … on a pris le bus pour Berat. La religion ici mérite qu’on la mentionne : en Albanie, on retrouve des musulmans, des orthodoxes et des catholiques qui cohabitent dans la plus grande paix. Apparemment, c’était déjà comme ça, mais le régime communiste a déclaré la nation athée et a banni la religion, du coup, tout le monde est très relax sur le sujet. Et on voit vraiment des minarets à côté de clochers, des prêtres et des femmes voilées. Un bel exemple.
Berat a été une surprise délicieuse au sortir d’un autre bus albanais sale et chaud (même si moins sale et moins chaud) : la ville est vraiment une ville musée. Chaque angle semble appeler la photo. Les rues sont pleines de vignes et pavées de petites pierres. Une forteresse, des églises, tout un tas de maisons, tout est d’époque et magnifiquement conservé. L’auberge de jeunesse est une révélation : je n’ai jamais vu d’auberge aussi belle, propre et accueillante. Des raisins et des figues qui pendent, des chambres impeccables et fraichement carrelées, une cuisine top, un jardin éblouissant. Le genre de lieu où les backpackers sans horaire peuvent rester accrochés pour longtemps, très longtemps. J’étais conquise, je ne l’étais que plus quand on a m’a appris que je pouvais manger tous les raisins que je voulais, et toutes les figues. Une orgie de fruits s’est ensuivie.
On s’est immédiatement mis à l’ascension vers le château, un des plus vieux habités en Europe. Ici on est loin des bénévoles chiants de Borobudur : « grimpez partout ! » semble être le moto, on vit dans les ruines ici, on ne les garde pas comme une musée. Je me suis donnée : en 30 sec j’étais sur une tourelle, en train de me hisser au sommet. La vue sur les vallées et les montagnes albanaises était sublime. Le château est vraiment une pure merveille, tout comme les petits églises et musées, pleins de peintures sur bois qui datent de centaines d’années.
Une autre attraction de Berat, qu’on ne trouve pas dans les livres, et créée par ses habitants même : ils marchent. Vous me direz que ce n’est rien de particulier. Mais en fait, ils marchent sur un tronçon de rue particulier : ils le marchent en faisant des aller-retour ! Littéralement, ils arrivent au bout et font un virage à 180 degrés et reprennent dans l’autre sens ! C’est excessivement divertissant. On s’est achetés des maïs grillés et on a regardé la parade, hilares. Puis, pour 2,50$, on a acheté des kilos de légumes, un melon et des pâtes et on est rentrés cuisiner. Un plat fait à la main, le premier en 6 semaines. Ça fait du bien.
Demain, on file vers le sud, à Sarandë. Apparemment, c’est suberpe, et la plage est là. Enfin ! Le plan est d’y rester jusqu’à ce que Johny et moi devions partir vers Thessaloniki pour attraper nos vols respectifs. Elly continuera seule vers le Kosovo. Mon retour vers Paris a été arrangé… ce soir. À moins d’une semaine de mon vol de retour vers Montréal. Même si je vais devoir traverser la Grèce pour me rendre à Thessaloniki, c’était le vol de moins chers à 250 km à la ronde. Lundi je vais donc partir en journée vers la frontière, puis prendre un second bus. Il était temps que je m’arrange un itinéraire ! Je suis bien chanceuse, à travers ces longues heures de bus, j’aurais un Irlandais sac à blague comme voisin de siège.
Bonne nuit, sur ce, je vais aller toucher mon lit
Bisous albaniens.
Donc, on a quitté pour une charmante auberge de jeunesse à Ohrid. La ville était enchanteresse. Super pittoresque, des petites églises partout, des toits en tuiles rouges, des rues escarpées, et le lac, toujours sublime sous tous les angles, surtout du haut des falaises. Je suis allée marcher seule quelques heures, c’était le bonheur. Je m’arrêtais quand j’avais envie, mangeais un peu de ma miche de pain, sommeillait un peu sur une pierre, lisait un peu, marchais encore un peu, … Après 800 personnes et un horaire sans cesse, c’était bienheureux comme moment. Un bon souper, du gelato, de la rigolade sur les balcons de l’auberge. On était une bonne douzaine du GA, alors le « post-GA blues » n’a pas embarqué trop…
Ensuite, l’Albanie. Je me suis réveillée encore toute confuse vers 10h pour me faire dire que l’on partait « là là » ! Oh… ok. 4 Danois partaient en Albanie d’un côté, 2 Britanniques de l’autre. J’ai choisi de suivre les Brits et en moins de deux je me trouvais à courir avec Johny l’Irlandais et à grimper les clôtures barbelées pour qu’on se rende au village vite acheter de quoi se nourrir pendant les 8h de bus. Le bus était terriblement chaud, et nous avons été chanceux d’avoir des sièges. La frontière a pris des heures a passé, très typique des Balkans. Mais on est arrivés charmés (même si suants et crevés) à Tirana. Sans blague, jamais je ne suis arrivée dans un pays en en sachant si peu. J’ai lu la section du « Lonely planet » de quelqu’un d’autre passé la frontière. En fait, quand je suis rentrée en Albanie, je ne connaissais que deux choses : le nom de la capitale et de la monnaie. C’est peu ! Le « Lonely planet » était très instructif, et m’a fait voir Tirana d’une toute autre perspective : la capitale et le pays entier n’ont émergés du communisme il y a à peine plus de 15 ans. Les premiers touristes ne sont arrivés il y a quelques années. La ville a été transformée si rapidement, je ne sais pas comment les gens ont suivi. La population a eu une façon très créative de rendre plus agréable les bâtiments gris hérités du régime : ils ont peinturés sans craindre le ridicule. On voit ainsi un bâtiment à bois, un immeuble à rayures, un autre tout mauve, l’autre vert et orange. C’est trop sympathique. Tirana est sale, bondée, bigarrée… et terriblement attachante. On a eu un super souper très albanais : bruschetta et un fergese, un truc typiquement de la ville, très riche et délicieux, genre de ragoût plein de fromage, d’œufs de viande et d’autres choses non identifiées, le tout cuit dans un plat au four.
Il n’y a malgré tout pas grand-chose à voir à Tirana : après avoir marché, vu le musée, pris une photo de la statue de Mère Teresa, admiré l’opéra et la combinaison de minarets de clochers, … on a pris le bus pour Berat. La religion ici mérite qu’on la mentionne : en Albanie, on retrouve des musulmans, des orthodoxes et des catholiques qui cohabitent dans la plus grande paix. Apparemment, c’était déjà comme ça, mais le régime communiste a déclaré la nation athée et a banni la religion, du coup, tout le monde est très relax sur le sujet. Et on voit vraiment des minarets à côté de clochers, des prêtres et des femmes voilées. Un bel exemple.
Berat a été une surprise délicieuse au sortir d’un autre bus albanais sale et chaud (même si moins sale et moins chaud) : la ville est vraiment une ville musée. Chaque angle semble appeler la photo. Les rues sont pleines de vignes et pavées de petites pierres. Une forteresse, des églises, tout un tas de maisons, tout est d’époque et magnifiquement conservé. L’auberge de jeunesse est une révélation : je n’ai jamais vu d’auberge aussi belle, propre et accueillante. Des raisins et des figues qui pendent, des chambres impeccables et fraichement carrelées, une cuisine top, un jardin éblouissant. Le genre de lieu où les backpackers sans horaire peuvent rester accrochés pour longtemps, très longtemps. J’étais conquise, je ne l’étais que plus quand on a m’a appris que je pouvais manger tous les raisins que je voulais, et toutes les figues. Une orgie de fruits s’est ensuivie.
On s’est immédiatement mis à l’ascension vers le château, un des plus vieux habités en Europe. Ici on est loin des bénévoles chiants de Borobudur : « grimpez partout ! » semble être le moto, on vit dans les ruines ici, on ne les garde pas comme une musée. Je me suis donnée : en 30 sec j’étais sur une tourelle, en train de me hisser au sommet. La vue sur les vallées et les montagnes albanaises était sublime. Le château est vraiment une pure merveille, tout comme les petits églises et musées, pleins de peintures sur bois qui datent de centaines d’années.
Une autre attraction de Berat, qu’on ne trouve pas dans les livres, et créée par ses habitants même : ils marchent. Vous me direz que ce n’est rien de particulier. Mais en fait, ils marchent sur un tronçon de rue particulier : ils le marchent en faisant des aller-retour ! Littéralement, ils arrivent au bout et font un virage à 180 degrés et reprennent dans l’autre sens ! C’est excessivement divertissant. On s’est achetés des maïs grillés et on a regardé la parade, hilares. Puis, pour 2,50$, on a acheté des kilos de légumes, un melon et des pâtes et on est rentrés cuisiner. Un plat fait à la main, le premier en 6 semaines. Ça fait du bien.
Demain, on file vers le sud, à Sarandë. Apparemment, c’est suberpe, et la plage est là. Enfin ! Le plan est d’y rester jusqu’à ce que Johny et moi devions partir vers Thessaloniki pour attraper nos vols respectifs. Elly continuera seule vers le Kosovo. Mon retour vers Paris a été arrangé… ce soir. À moins d’une semaine de mon vol de retour vers Montréal. Même si je vais devoir traverser la Grèce pour me rendre à Thessaloniki, c’était le vol de moins chers à 250 km à la ronde. Lundi je vais donc partir en journée vers la frontière, puis prendre un second bus. Il était temps que je m’arrange un itinéraire ! Je suis bien chanceuse, à travers ces longues heures de bus, j’aurais un Irlandais sac à blague comme voisin de siège.
Bonne nuit, sur ce, je vais aller toucher mon lit
Bisous albaniens.
Vers Montréal en 2010...
Le temps a filé et j’ai coupé sur les écrits. Quand on ne dort plus vraiment, on bloggue moins ! Je vais y aller dans l’ordre, mais en priorité : je suis maintenant en Albanie, à Berat, et si mon statut Facebook ne s’est pas rendu jusqu’à vous, les nouvelles sont bonnes pour Montréal AM2010… on a gagné ! Et bien comme il faut: 38 voix contre 15.
Je n’ai jamais autant souris de ma vie. Jamais autant battu des yeux, expliqué gentiment, donné des cossins, flirté même. Tous les moyens sont bons quand la cause est bonne ? Des jours de promo pour une année de travail... pour savoir si tout cela était pour rien ! Une chance que ça a marché.
Le rythme ne s’est pas amélioré dans les derniers jours : l’horaire incessant de 8h jusqu’à 22h, au moins. Et ça, c’est quand je n'allais pas aux plénières. Les plénières, c’est infernal. Ou du moins, c’est long, et là c’était infernal parce que la pièce n’était pas climatisée, ou même aérée, et que l’équipement audio-visuel était merdique. Le son grinchait tout le temps, le bruit était vraiment épuisant. Grosso modo, ça avait l’air de ça : les présidents et leurs VPs étaient assis autour de longues tables concentriques, en ordre alphabétique, avec des petits cartons avec le nom de leur association et des cartons de parole/vote avec le drapeau. Bref, une grosse assemblée de l’Organisation des nations unies. On a une centaine de membres en tout, mais parfois plus d’un par pays (par exemple nous avons deux membres au Canada, CFMS fait les facultés anglophones et IFMSA-Québec les francophones), et certains pays n’ont pas de droit de vote encore (ils sont des membres « applicants ») et tout un paquet de pays n’est pas toujours présent. Cette fois-ci, nous avions 58 votants. Pour imaginer le tout, il faut visualiser un vieil hôtel soviétique avec des nappes vertes et 120 personnes assises à de longues tables, sans compter les centaines qui se massaient derrière. J'étais juste à côté du Chili et de la Croatie, mais il y avait toujours mes copains les Péruviens et les Panaméens assis à la table derrière pour rigoler aussi. L’ordre crée des ironies : Israël à côté de l’Iran par exemple. On découvre des choses... Les Néerlandais sont compulsifs sur les questions, sans blague ils sont toujours la main en l’air. Et on ne comprend jamais ce que Taïwan raconte. Jamais. Les Balkans sont d'un chiant : ils demandent le vote sur tout.
Des fois le temps devenait tellement long dans les plénières que les gens partaient des sondages bidons sur un bout de papier et le faisaient circuler. « À quelle heure pensez-vous que finira la plénière ? » par exemple, et on voit dessous un paquet de conneries écrites : « quand l’enfer gèlera », « demain matin », « juste à temps pour l’assemblée de mars prochain ». On a aussi eu droit à « quelle température pensez-vous qu’il fera dans la pièce à la fin ? » et « combien de fois le grognon de président aura-t-il hurlé dans son micro pour demander le silence ? ». On se divertit comme on peut.
Théoriquement les plénières finissent à 22h, mais ça c’est l’horaire. Lorsqu’on présentait (enfin!) la candidature de Montréal pourtant on est passés passé une heure du matin. La tension était indécente. Quand l’Indonésie a présenté, on est sortis, c'est la règle... c’était 20 min d’une longueur infinie! Notre présentation de 15 min est passé en un clin d’œil après par contre !
La plénière du lendemain était encore plus tendue. Le vote se faisait de façon électronique et en bloc : tous les officiers, quelques motions et l’hôte de la prochaine assemblée. Et tout au long du vote, les portes étaient fermées. Comme il y avait 58 votants et seulement 4 stations de vote, ça a duré une éternité. Tous les présidents se sont alignés, cartons en main, et sont passés à la station. Pendant ce temps, le reste de la salle était en liesse : chansons à répondre, danses spontanées, séances de photos, vidéos en boucle sur l’écran, etc. Les présidents ne voulant pas être en reste, mais devant rester en file, s’en sont donnés à cœur joie : ils se sont mis à faire des danses en ligne en agitant leurs drapeaux de façon synchrone ! Très divertissants. Quand le vote est sorti, nous avons hurlé de liesse et pleuré de joie, ou presque seulement, diront certains. Avant de sentir le poids de la responsabilité, nous nous sommes permis une nuit de fête. Les Libanais offraient des verres, la musique était forte, et nous avons lâchés notre fou plus que de raison.
C’est un sujet sur lequel je ne m’étais pas étendu, mais il faut savoir qu’après les plénières, la nuit ne fait que commencé dans un GA. Un soir, c’est le « National Food and Drink party ». Un tour du monde en 70 tables. Un grave danger de perdre les pédales entre les verres de toutes sortes et les spécialités culinaires parfois douteuses. Un de nos délégués avait eu la brillante idée de nous affubler de petites verres autour du cou. Les gens avaient tendance à trop les remplir, même si, ainsi, nous étions plus écolo. Leslie, ma sympathique coloc de la semaine, et moi avion réussi l’improbable pari de s’habiller avec nos drapeaux respectifs, du Québec et du Canada. Cette créativité n’était le fruit que d’une seule pensée : ne pas mettre encore ce chandail rouge aux armoiries de AM2010 que nous avion sur le dos sans cesse depuis le début. Ça a marché, et nous sommes allés faire le tour du monde avec nos petits verres. Les Danois étaient très populaires à cause de leurs chapeaux de vikings (j’en ai d’ailleurs subtilisé un pendant une part de la soirée et tout plein de déléguées ont maintenant des photos de moi en pensant que c’est une photo d’eux avec une authentique Danoise !) et les Israéliens ont déclenché une série de baisers langoureux dans le cou les uns des autres en distribuant tout un tas de colliers en bonbons qui n’avaient le droit que d’être mangés sans les mains. C’était vraiment hilarant.
Il y a aussi eu le « PAMSA party ». PAMSA, c’est IFMSA des Amériques, notre région. Un soir, les latinos, désespérés par la mauvaise musique, ont lancés l’appel : tous dans le hall du bâtiment nord. En quelques minutes, l’un avait trouvé un ordinateur, l’autre des speakers du tonnerre et un autre, une bouteille de tequila. Les gens ont voté avec leurs pieds : en 10 min le hall était rempli, plus seulement des latinos, mais de gens de partout. Un concours de limbo international s’est ensuivi. À la surprise de tous, deux Québécois (dont moi), faisions partie des 3 finalistes. Notre ami Chilien nous a battus au dernier tour.
Ayant trop festoyé après notre victoire, je suis allée me coucher « tôt » le dernier soir, soit vers 2h du matin. Les adieux, ce soir là et le lendemain à l’aurore, étaient déchirants. J’en reverrai certains en Thaïlande pour l’Assemblée de mars, si par miracle je suis de la délégation, d’autres en août prochain à Montréal… la plupart sans doute jamais. Mais j’ai plusieurs dizaines de nouveaux contacts dans autant de pays, la joie !
Je n’ai jamais autant souris de ma vie. Jamais autant battu des yeux, expliqué gentiment, donné des cossins, flirté même. Tous les moyens sont bons quand la cause est bonne ? Des jours de promo pour une année de travail... pour savoir si tout cela était pour rien ! Une chance que ça a marché.
Le rythme ne s’est pas amélioré dans les derniers jours : l’horaire incessant de 8h jusqu’à 22h, au moins. Et ça, c’est quand je n'allais pas aux plénières. Les plénières, c’est infernal. Ou du moins, c’est long, et là c’était infernal parce que la pièce n’était pas climatisée, ou même aérée, et que l’équipement audio-visuel était merdique. Le son grinchait tout le temps, le bruit était vraiment épuisant. Grosso modo, ça avait l’air de ça : les présidents et leurs VPs étaient assis autour de longues tables concentriques, en ordre alphabétique, avec des petits cartons avec le nom de leur association et des cartons de parole/vote avec le drapeau. Bref, une grosse assemblée de l’Organisation des nations unies. On a une centaine de membres en tout, mais parfois plus d’un par pays (par exemple nous avons deux membres au Canada, CFMS fait les facultés anglophones et IFMSA-Québec les francophones), et certains pays n’ont pas de droit de vote encore (ils sont des membres « applicants ») et tout un paquet de pays n’est pas toujours présent. Cette fois-ci, nous avions 58 votants. Pour imaginer le tout, il faut visualiser un vieil hôtel soviétique avec des nappes vertes et 120 personnes assises à de longues tables, sans compter les centaines qui se massaient derrière. J'étais juste à côté du Chili et de la Croatie, mais il y avait toujours mes copains les Péruviens et les Panaméens assis à la table derrière pour rigoler aussi. L’ordre crée des ironies : Israël à côté de l’Iran par exemple. On découvre des choses... Les Néerlandais sont compulsifs sur les questions, sans blague ils sont toujours la main en l’air. Et on ne comprend jamais ce que Taïwan raconte. Jamais. Les Balkans sont d'un chiant : ils demandent le vote sur tout.
Des fois le temps devenait tellement long dans les plénières que les gens partaient des sondages bidons sur un bout de papier et le faisaient circuler. « À quelle heure pensez-vous que finira la plénière ? » par exemple, et on voit dessous un paquet de conneries écrites : « quand l’enfer gèlera », « demain matin », « juste à temps pour l’assemblée de mars prochain ». On a aussi eu droit à « quelle température pensez-vous qu’il fera dans la pièce à la fin ? » et « combien de fois le grognon de président aura-t-il hurlé dans son micro pour demander le silence ? ». On se divertit comme on peut.
Théoriquement les plénières finissent à 22h, mais ça c’est l’horaire. Lorsqu’on présentait (enfin!) la candidature de Montréal pourtant on est passés passé une heure du matin. La tension était indécente. Quand l’Indonésie a présenté, on est sortis, c'est la règle... c’était 20 min d’une longueur infinie! Notre présentation de 15 min est passé en un clin d’œil après par contre !
La plénière du lendemain était encore plus tendue. Le vote se faisait de façon électronique et en bloc : tous les officiers, quelques motions et l’hôte de la prochaine assemblée. Et tout au long du vote, les portes étaient fermées. Comme il y avait 58 votants et seulement 4 stations de vote, ça a duré une éternité. Tous les présidents se sont alignés, cartons en main, et sont passés à la station. Pendant ce temps, le reste de la salle était en liesse : chansons à répondre, danses spontanées, séances de photos, vidéos en boucle sur l’écran, etc. Les présidents ne voulant pas être en reste, mais devant rester en file, s’en sont donnés à cœur joie : ils se sont mis à faire des danses en ligne en agitant leurs drapeaux de façon synchrone ! Très divertissants. Quand le vote est sorti, nous avons hurlé de liesse et pleuré de joie, ou presque seulement, diront certains. Avant de sentir le poids de la responsabilité, nous nous sommes permis une nuit de fête. Les Libanais offraient des verres, la musique était forte, et nous avons lâchés notre fou plus que de raison.
C’est un sujet sur lequel je ne m’étais pas étendu, mais il faut savoir qu’après les plénières, la nuit ne fait que commencé dans un GA. Un soir, c’est le « National Food and Drink party ». Un tour du monde en 70 tables. Un grave danger de perdre les pédales entre les verres de toutes sortes et les spécialités culinaires parfois douteuses. Un de nos délégués avait eu la brillante idée de nous affubler de petites verres autour du cou. Les gens avaient tendance à trop les remplir, même si, ainsi, nous étions plus écolo. Leslie, ma sympathique coloc de la semaine, et moi avion réussi l’improbable pari de s’habiller avec nos drapeaux respectifs, du Québec et du Canada. Cette créativité n’était le fruit que d’une seule pensée : ne pas mettre encore ce chandail rouge aux armoiries de AM2010 que nous avion sur le dos sans cesse depuis le début. Ça a marché, et nous sommes allés faire le tour du monde avec nos petits verres. Les Danois étaient très populaires à cause de leurs chapeaux de vikings (j’en ai d’ailleurs subtilisé un pendant une part de la soirée et tout plein de déléguées ont maintenant des photos de moi en pensant que c’est une photo d’eux avec une authentique Danoise !) et les Israéliens ont déclenché une série de baisers langoureux dans le cou les uns des autres en distribuant tout un tas de colliers en bonbons qui n’avaient le droit que d’être mangés sans les mains. C’était vraiment hilarant.
Il y a aussi eu le « PAMSA party ». PAMSA, c’est IFMSA des Amériques, notre région. Un soir, les latinos, désespérés par la mauvaise musique, ont lancés l’appel : tous dans le hall du bâtiment nord. En quelques minutes, l’un avait trouvé un ordinateur, l’autre des speakers du tonnerre et un autre, une bouteille de tequila. Les gens ont voté avec leurs pieds : en 10 min le hall était rempli, plus seulement des latinos, mais de gens de partout. Un concours de limbo international s’est ensuivi. À la surprise de tous, deux Québécois (dont moi), faisions partie des 3 finalistes. Notre ami Chilien nous a battus au dernier tour.
Ayant trop festoyé après notre victoire, je suis allée me coucher « tôt » le dernier soir, soit vers 2h du matin. Les adieux, ce soir là et le lendemain à l’aurore, étaient déchirants. J’en reverrai certains en Thaïlande pour l’Assemblée de mars, si par miracle je suis de la délégation, d’autres en août prochain à Montréal… la plupart sans doute jamais. Mais j’ai plusieurs dizaines de nouveaux contacts dans autant de pays, la joie !
mercredi 5 août 2009
Montreal AM2010
C'est la folie. 800 personnes. Mon cerveau surchauffe. On est pas fait pour se souvenir, 800 fois, du nom de quelqu'un, de son pays d'origine, du comité auquel il appartient, de son opinion sur la candidature de Montréal, du nombre de GA auquel il a participé, etc.
Jusqu'à hier, nous étions à peine 200, le pre-GA c'était terminé le 4 au soir et hier, c'était farniente. Ce devait, mais les Macédoniens on décidé que l'on devrait changer de chambre, et on a du faire ça pour 9h, alors que nous nouvelles chambres n'étaient pas prêtes avant 13h. On m'a dit que je devais changer d'hôtel, et j'étais à deux poils d'assommer le président du comité organisateur, jusqu'à ce qu'il me dise que, non, en fait, on nous donnait un bungalow. Passé proche.
On a ensuite dépensé la folle somme de 100 denars pour avoir une chaise au soleil, et passé quelques heures tranquilles, entre les copains du pre-GA, avant l'arrivée déferlante des centaines d'autres délégués. L'eau était magnifique, le soleil brûlant, après 3 jours à l'intérieur, c'était divin. Le repos n'a pas duré, dès que le reste de notre délégation est arrivé, le boulot commencait: on avait un kiosque à monter, de la promotion à faire, des dizaines de kilos de matériel à classer. Dans 4 jours, à peine, un vote décidera qui de l'Indonésie (Bali), ou du Canada (Montréal), sera l'hôte de la prochaine assemblée d'août. Comme ça fait un an qu'on bosse là-dessus, pas question de perdre. Il a été décidé que 3h par nuit était un maximum et ce matin, à 7h, j'étais au stand pour mon quart. Les prochains jours seront rudes.
Dans la plus pure suite du désastre logistique macédonien, nous sommes arrivés avec 2h de retard, ou presque, à la cérémonie d'ouverture. Les bus qui devaient nous y transporter n'arrivaient pas, et c'était loin, et ça n'en finissait plus. Le "spectacle" était d'une lourdeur incroyable: mis à part un bon numéro de violon, la panoplie de discours était infinie (je dormais paisiblement sur l'épaule de Shawn, un des délégués ontariens qui vient d'arriver). On a aussi eu droit à une danse folklorique définie comme "difficile et douloureuse". Ce qu'ils ne disaient pas, c'est que c'était douloureux pour l'audience aussi... Sans blague, je croyais que j'avais vu la danse la plus lente du monde en Indonésie, ça c'était pas mal non plus. À la fin, on a eu droit à quelques pliés rapides et c'était tout. On est rentrés soulagés et déçus.
Je ne m'attends donc pas à du sommeil d'ici la fin du GA. Se succèdent des présentations surprises ("Gen, tu ne savais pas que c'était toi qui faisait l'atelier sur ça? Ah ben! C'est pas grave, improvise!"), des réunions, des courses contre la montre et, quelques verres. Moi qui ne sors jamais, ou presque, je trouve pas ça fait beaucoup de bière, d'ouzzo et de metaxa (Grèce!), de vin, ... Et dire que ce n'est que demain que se tient le "International food and drink party", un ramassis indécent de nourriture et de boisons de tous les pays.
C'est un immense tas d'information à la fois: des stats sur l'accès aux médicaments, le fait que les Balkanais semblent agressifs quand ils parlent même s'ils sont contents, un horaire changeant, des Suisses très sympathiques dont il faut se souvenir qui parle allemand/français/anglais, qui a déjà décidé de voter pour Montréal et qui reste à convaincre.
Bref, je cours, je vais bien, je perds déjà ma voix, j'ai bronzé un peu, je serre 300 mains par jour, je fais des tatoos de notre logo à tout le monde qui passe à côté du kiosque, avec ou sans consentement, ... et j'ai trouvé des Grecs pour m'amener à Thessaloniki après, mon plan en Grèce est complètement indéfini, mais le train qui mène à Thessaloniki et le même que celui qui vient de Belgrade, et après mon expérience là, une voiture pour la Grèce me semble mieux. En plus, Dr Benos, notre super confériencier du pre-GA, habite là, et a décidé que je devais souper avec ses étudiants si possible.
Bon bisous de Macédoine à tous, n'oubliez pas que j'aime recevoir vos messages...
Jusqu'à hier, nous étions à peine 200, le pre-GA c'était terminé le 4 au soir et hier, c'était farniente. Ce devait, mais les Macédoniens on décidé que l'on devrait changer de chambre, et on a du faire ça pour 9h, alors que nous nouvelles chambres n'étaient pas prêtes avant 13h. On m'a dit que je devais changer d'hôtel, et j'étais à deux poils d'assommer le président du comité organisateur, jusqu'à ce qu'il me dise que, non, en fait, on nous donnait un bungalow. Passé proche.
On a ensuite dépensé la folle somme de 100 denars pour avoir une chaise au soleil, et passé quelques heures tranquilles, entre les copains du pre-GA, avant l'arrivée déferlante des centaines d'autres délégués. L'eau était magnifique, le soleil brûlant, après 3 jours à l'intérieur, c'était divin. Le repos n'a pas duré, dès que le reste de notre délégation est arrivé, le boulot commencait: on avait un kiosque à monter, de la promotion à faire, des dizaines de kilos de matériel à classer. Dans 4 jours, à peine, un vote décidera qui de l'Indonésie (Bali), ou du Canada (Montréal), sera l'hôte de la prochaine assemblée d'août. Comme ça fait un an qu'on bosse là-dessus, pas question de perdre. Il a été décidé que 3h par nuit était un maximum et ce matin, à 7h, j'étais au stand pour mon quart. Les prochains jours seront rudes.
Dans la plus pure suite du désastre logistique macédonien, nous sommes arrivés avec 2h de retard, ou presque, à la cérémonie d'ouverture. Les bus qui devaient nous y transporter n'arrivaient pas, et c'était loin, et ça n'en finissait plus. Le "spectacle" était d'une lourdeur incroyable: mis à part un bon numéro de violon, la panoplie de discours était infinie (je dormais paisiblement sur l'épaule de Shawn, un des délégués ontariens qui vient d'arriver). On a aussi eu droit à une danse folklorique définie comme "difficile et douloureuse". Ce qu'ils ne disaient pas, c'est que c'était douloureux pour l'audience aussi... Sans blague, je croyais que j'avais vu la danse la plus lente du monde en Indonésie, ça c'était pas mal non plus. À la fin, on a eu droit à quelques pliés rapides et c'était tout. On est rentrés soulagés et déçus.
Je ne m'attends donc pas à du sommeil d'ici la fin du GA. Se succèdent des présentations surprises ("Gen, tu ne savais pas que c'était toi qui faisait l'atelier sur ça? Ah ben! C'est pas grave, improvise!"), des réunions, des courses contre la montre et, quelques verres. Moi qui ne sors jamais, ou presque, je trouve pas ça fait beaucoup de bière, d'ouzzo et de metaxa (Grèce!), de vin, ... Et dire que ce n'est que demain que se tient le "International food and drink party", un ramassis indécent de nourriture et de boisons de tous les pays.
C'est un immense tas d'information à la fois: des stats sur l'accès aux médicaments, le fait que les Balkanais semblent agressifs quand ils parlent même s'ils sont contents, un horaire changeant, des Suisses très sympathiques dont il faut se souvenir qui parle allemand/français/anglais, qui a déjà décidé de voter pour Montréal et qui reste à convaincre.
Bref, je cours, je vais bien, je perds déjà ma voix, j'ai bronzé un peu, je serre 300 mains par jour, je fais des tatoos de notre logo à tout le monde qui passe à côté du kiosque, avec ou sans consentement, ... et j'ai trouvé des Grecs pour m'amener à Thessaloniki après, mon plan en Grèce est complètement indéfini, mais le train qui mène à Thessaloniki et le même que celui qui vient de Belgrade, et après mon expérience là, une voiture pour la Grèce me semble mieux. En plus, Dr Benos, notre super confériencier du pre-GA, habite là, et a décidé que je devais souper avec ses étudiants si possible.
Bon bisous de Macédoine à tous, n'oubliez pas que j'aime recevoir vos messages...
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