91 jours déjà. 13 semaines.
0 message sur mon blog vous me direz. Je sais.
Je n’ai pas de bonne excuse. J’étais fatiguée, je manquais de temps, j’avais peu de temps en ligne, j’étais paresseuse, je n’avais pas envie… mais en même temps oui j’avais envie de partager tout ce que je vivais. Je n’ai pas pris le temps, c’est tout. 10, 20, 30 fois j’ai commencer à écrire un message, dans ma tête, puis la vie a pris le dessus, et je laissé filer l’occasion.
13 semaines, c’est quand même un bon moment. C’est tout mon été. C’est le début de mon année. Maintenant que septembre, l’automne et la rentrée sont là, c’est plus clair que jamais que mon année sabbatique est bien entamée. Je ne suis plus nomade en Europe, j’ai un appartment, un cellulaire, un numéro d’identification danois, un bureau, un vélo, … et la liste continue. Je fais le pari de tenter de m’intégrer.
On m’a beaucoup questionnée: pourquoi tant d’efforts? Tu es là pour même pas un an. Je pourrais me voir comme une touriste, de passage, et c’est vrai que moins d’un an, c’est pas si long quelque part. Mais c’est trop long pour ne pas y mettre du sien. Je n’ai pas envie d’être étrangère à Copenhague, visitant une ville comme une autre, je veux en faire ma ville. Et un an, c’est court, mais c’est long, trop long pour être la fille de passage qui comprend rien au Danemark.
Alors j’ai immigré. C’est sensé être que pour un an, mais aux yeux du gouvernement danois et aux miens, je suis une immigrante. J’ai un permis de travail et de résidence, j’ai un médecin de famille (pause pour laisser tomber votre machoire si vous êtes Québécois, ou Canadien en général, c’est pas une blague, j’ai un médecin, ça mérite un message en soi d’ailleur), j’ai accès aux cours de langue et à toutes les mesures d’immigration. Je suis une danoise d’origine étrangère, officiellement, même si mon permis et tous mes privilèges expirent dans un an.
J’ai commencé mes cours de danois. Avec une anglaise, deux indiennes, deux russes, une jamaiquenne, … Les cours commencent pas une conversation, entre le prof et chaque élève, où on se fait poser des questions, avec chaque jour une ou deux nouvelles, pour voir jusqu’où on peut comprendre. “Tu es au Danemark pour quoi?”, c’est la question qui revient. Elles répondent toutes: mon mari est danois, mon mari a été muté au Danemark, mon fiancé vit ici, … il semble que la seule raison que le Danemark attire des étrangers c’est via de beaux, jeunes et brillants danois. Il faut leur accorder qu’ils sont beaux (certains disent que c’est les vikings, qui ont ramené les plus beaux et belles anglaises ici pendant des siècles, faisant une sélection génétique….), très beaux en moyenne. Et éduqués, et polis, et bien des choses, alors ça attire leurs tendres moitiés. Mais les règles d’immigration sont strictes, très très strictes, et ce n’est pas facile de s’intégrer au Danemark, les gens sont tissés serrés, la langue est ridiculement complexe et on te fait quand même savoir que tu es un “foreigner”. Souvent, les couples repartent, choisissent le pays de l’autre tendre moitié, ou un tiers.
Mais je peux comprendre ceux qui restent: Copenhague est merveilleuse. Une belle ville, vraiment belle, vraiment sympathique, des vélos, partout, à n’en plus finir, des lacs au centre-ville, des pars partout, des gens qui promennent leurs enfants à toute heure du jour, des services à proximité, la campagne à 20 minutes, … la liste est longue. Je n’ai jamais vu une ville où les gens sont aussi beaux et aussi en santé. On s’entend que c’est une moyenne, l’enbompoint existe au Danemark aussi. Mais on comprend vite pourquoi ils sont dans une meilleure posture que bien des pays d’Europe: le vélo est partout, le sport est valorisé, les enfants passent leur temps dehors, la nourriture fraiche est abordable, tout le monde a un médecin de famille et j’en passe. Le vélo gagne d’ailleurs dans cette liste: 30 à 35% des gens se lèvent le matin à Copenhague et prennent leur vélo, pluie ou neige, soleil ou vent, avec les enfants, les sacs, le chien s’il le faut, rien n’est une raison de ne pas pédaler. Et on ne choisit pas le vélo par souci d’écologie – certains oui, mais pas la majorité – ou même pour des raisons de santé: tant de gens pédalent parce que c’est le plus simple et rapide moyen d’entrer en ville et d’y circuler. En plus c’est bon pour soi et pour le climat, mais la popularité vient d’une chose: c’est pratique.
D’ailleurs, alors qu’à Montréal on parle de traffic de voitures, ici, on parle de traffic de bicyclettes. Les pistes cyclabes (presque toutes les rues en ont, des deux côtés), qui étaient déjà larges, sont doublées dans la plupart des grandes artères. Certains sont encore en réfection, mais de nouvelles sont finies chaque semaine, et traverser le pont de Nørrebrogade dans une piste aussi large qu’une voie d’autobus, c’est la gloire. Des milliers de gens le font, faisant du petit pont qui enjambe un des lacs de Copenhague le pont le plus traversé d’Europe (ou du monde, je ne me souviens plus) par des bicyclettes. On parle de quelque chose de l’ordre de 8000 vélos par jour.
Alors je prends le pont de Nørrebrogade, comme un bonne petite danois, le matin, entre la maison, le yoga, et le bureau.
Je vous raconterai tout ça, les semaines passées, les semaines qui viennent, le long chemin de l’intégration, ma vie danoise, mon travail, ma sabbatique, … mais au moins la paresse est cassée. Sachez que je vais bien, que je dors plus que depuis des années, que je fais du yoga presque tous les jours en plus du vélo, et que je fais un travail intéressant et stimulant. Le Danemark est tout ce que j'espérais, et bien plus.
Jeg er en nykøbenhavner (je vous laisse deviner la traduction). Et j'en suis heureuse.
