Voici le courriel de la fin de mes péripéties... ça m'a pris presque un mois me rendre à "ça" dans ma to-do list, alors désolée du retard. Le message est en 2 parties, et ma "conclusion" suit... je sais que presque personne ne lit tous les messages, mais j'avais déjà tout écrit, aussi bien l'envoyer...
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Je pars. Je pars. Je reviens ? Je me souviens d’avoir répété, encore et encore, « je pars, je pars », comme un mantra qu’on n’aime pas, mais qu’on répète quand même, pour mieux l’avaler. Nikos et Johny m’ont laissée à l’aéroport, et je partais, déjà, presque pour de vrai. Il y a eu 3 avions, donc ça ne faisais que commencer, mais je savais que je ne sortirais plus des aéroports, donc c’était quand même un départ. J’ai fait quelques provisions, et je me suis gâtée de la crème glacée pendant qu’il était encore temps. Comme ça ne passe pas la sécurité, même les meilleurs gelatos, je me suis assise pour déguster mes derniers moments en Grèce et en voyage, en même tant que les dernières cuillérées de glace à la fraise. J’ai eu de la difficulté à viser ce qui restait au fond du bol à la fin, j’avais les yeux embués.
Mais bon, je suis revenue, et il reste bien des histoires à raconter jusqu’à cet atterrissage à Montréal, et après. Comme il me restait beaucoup d’heures avant d’être vraiment revenue. Un vol de Thessaloniki à Bucarest, un de Bucarest à Paris, 15h d’attente, et mon vol pour Montréal.
L’autre soir, mon dernier en Albanie, je suis allée souper avec des amis Danois. C’est déjà loin, mais c’est encore frais. Ils passaient par la même ville par chance, juste avant que je parte. Ils étaient confortablement installés à Dhermi, à quelques heures de bus, mais n’avaient plus d’argent liquide, et Dhermi ne possède pas de guichet : ils ont du sauté dans le bus en sautant le déjeuner, et me sont atterris dessus à Saranda. Un petit souper avec un serveur qui en parle pas un traitre mot de quoi que ce soit d’autre qu’albanien, des plats froids et mal cuits plus tard, on a opté pour une jasette dans leur micro-appart loué. C’était le début des derniers adieux. D’abord eux, puis Elly, ma demi-grecque naturalisée british chérie.
Pour repousser les adieux, elle a marché avec moi vers le bus qui, à l’aube suivante, devait m’amener vers Korca, à la frontière grecque, ou presque. Elle a du rebrousser chemin avant qu’on soit arrivées à la station de bus qui n’en est pas une : elle avait son propre bus à attraper. Elle m’a laissé avec une grand-mère albanaise qui a décidé de me prendre en main. Grand bien m'en fasse! J’ai été chanceuse, sans elle je n’aurais pas trouvé l’endroit à temps et sans elle pour vociférer au chauffeur, je n’aurais certainement pas eu de banc pour me poser pendant les quelques 9h de trajet. J’avais donc réussi à me rendre et m’asseoir, mais ça ne faisait pas 5 min que j’y étais qu’une enguelade monstre a éclaté dans le bus. Je n’y comprenais rien, mais ça semblait être à propos de sièges réservés que certains n’auraient pas eu. Pour la première fois en 7 semaines et peut-être même dans ma vie, je crois avoir vécu un choc culturel. J’étais crevée, j’étais malade, il faisait sombre et froid, le bus était sale et miteux et des dizaines de gens un peu miteux aussi vociféraient dans une langue complètement inconnue et pas tendre à l’oreille. Je voulais être n’importe où, sauf là, je voulais disparaître, je voulais ma Maman, je voulais me cacher sous mon banc. Ça a passé. Les gens se sont calmés, ils se sont assis sur des tabourets dans l’allée centrale ou se sont tenus debout, le soleil s’est levé, il faisait maintenant trop chaud, et je toussais toujours autant, mais je ne voulais plus disparaître d’Albanie. Les arrêts étaient sporadiques. Personne ne parlait anglais. Je me suis commandée un bol de riz en language des signes dans un restaurant sur le bord de la route. Mon plan avait eu un raté : je devais rencontrer Johny l’Irlandais dans mon bus. On nous avait dit qu’après Saranda, le bus s’arrêtait à Gyrokastro, comme Johny y était avec Axel, notre néerlandais national, il devait sauter dans le bus et de là on irait en Grèce rejoindre notre ami Nikos. Sauf que là il n’y avait pas de Johny, et avec lui pas de cellulaire pour appeler Nikos, et pas de numéro où rejoindre ce cher Nikos. Je me suis dit que me rendre à Korça était la priorité.
Sauf qu’une fois à Korça, mes idées de trouver un moyen de communiquer avec Nikos ont été modifiées au moment même où j’ai demandé où était le bus pour Thessaloniki : on m’a pris par la main, tirée, poussée, presque lancée dans un bureau de bus (faute de langue en commun, la vendeuse et moi avons décidé de faire la transaction… en italien ! Ben oui toi…) et ensuite – vlan – dans un taxi qui a rattrapé un bus dans lequel j’ai finalement pu embarquer. C’est seulement à ce moment que j’ai compris qu’on venait de me faire rattraper un bus transnational par course express. Pas mal. Sauf que la veille grecque à côté de moi était pas contente qu’on m’ait attendu à la station-service, puis assise de force... juste à côté d’elle. Personne dans le bus ne parlait français, anglais, ou espagnol. Pour la 3e fois en quelques jours, je me suis résignée à communiquer en italien (n’oublions pas ma demi-heure de conversation avec le couple italien en rêvant sur le pouce des plages de Ksamil…). Une fois que la veille dame a compris que j’étais une canadienne, pas une américaine, et que je parlais français, elle s’est adoucie un peu… puis je lui ai offert de mes maigres prévisions : elle a souri. 10 minutes plus tard, elle m’avait adoptée. Elle me chantait les comptines apprises en français dans son enfance (hilarant!), elle me promenait partout à chaque arrêt, me nourrissait de force (littéralement, je n’avalais pas assez vite mon pain, elle me le mettait en plein visage !). Pour elle, l’idée d’une jeune femme voyageant seule était horrifiante, et j’avais donc besoin d’être protégée… La frontière grecque a été une expérience pénible de 3h, mais ce n’est pas pire que les frontières hongroises, serbes, macédoniennes, albanaises, … et soudainement, le miracle : des routes lisses, lisses comme une peau de bébé. Et une vitesse de croisière qui double presque… la Grèce, enfin, me suis-je dit avec un soupir.
