dimanche 16 août 2009

Albanie

L’Albanie est sous-estimée. Gravement. Je ne m’imaginais pas que ça serait si beau, que j’aimerais autant ça, que les gens seraient aussi gentil. Qu’autant de modernisme et d’européanité côtoieraient autant de pauvreté et de nationalisme distinctif. L’Albanie a vécu des booms économiques et des chutes assez drastiques, assez rapidement. Ça construit partout, mais beaucoup d’immeubles à demi-construits sont abandonnés. Des promenades sur la mer, des églises réputées, des cars de touristes… on dirait Barcelone, la riviera française, des pans d’Italie. Mais personne ne parlera anglais, ou presque et encore quelques mots. Mis à part quelques villes, on ne connaît pas trop les touristes. Et quand on en connaît ce sont les voisins : les Italiens, d’autres Balkanais. Même là, les Italiens et les Grecs se considèrent souvent comme trop civilisés pour venir en Albanie. Ça a des bons, ce moins d’européanité : ici on ne t’arnaque pas et on ne vole pas, ou si rarement. On s’endort sur la plage avec des sacs à côté : ça ne tiendrait pas 10 min en Espagne. Ici pas de problème. Et c’est beaucoup, beaucoup moins cher de l’Europe de l’Ouest. Il y a des petits rappels du statut de « pays en transition ». Les poubelles, par exemple, qui traînent un peu partout, ce qui est très peu sexy et généralement malodorant. Même que ce matin, mine de rien, je descends de l’immeuble où est notre auberge et qu’est-ce que je vois pas ? Pas une, mais deux vaches. Deux vaches, pas du tout attachées, en train de brouter des sacs de plastique pleins de vidanges, comme ça, très relax. Ok. Un rappel parmi tant d’autres de ce qu’est l’Albanie. Ça et des gens si gentils, mais qui lancent des roches aux romanichels et autres gitans. Des Mercedes à côté des veilles voitures rouillées. Des veilles robes fleuries et des vêtements de marque.

De Berat, nous sommes venus ici, à Saranda. C’était la mer enfin. À Elly, Johny et moi s’est ajouté Axel, un néerlandais sympathique qui ne se débrouille pas trop mal en albanais, ça a été très utile. On a trouvé l’auberge du siècle, bien cachée : 8e étage d’un immeuble résidentiel, vue incroyable sur la mer, à 45 sec de la plage. C’est tellement bien caché qu’ils viennent te chercher au centre-ville, leur carte dit : « allez au Happy hour bar, dîtes bonjour au barman, qu’il nous appelle. Et ça marche comme un charme.

De Saranda, on peut aller à bien des places autour. Hier, c’était Butrint et Ksamil. Butrint c’est l’Éphèse albanaise. Je n’ai pas vu Éphèse, mais apparemment ça rivalise bien. Avec pas mal de touristes en moins. C’est un site de ruines incroyablement riches et diverses : romaines, mais aussi ottomanes, et grecques et byzantines. De Butrint nous avons fait du pouce jusqu’à Ksamil et sa magnifique plage. Partout sur la place, on trouvait des bunkers. J’ai raconté les bunkers ? Ça va comme suit : pendant l’ère communiste, des centaines et des milliers de bunkers ont été construits, pour résister à l’invasion largement imaginaire que l’on prédisait. Ils ont la forme d’igloos sur pieds, comme des champignons, mais généralement on n’en voit que le dôme. Ils sont partout dans le nord, partout sur la côte, parfois sur le bord des routes. Et on ne peut pas les détruire ou les déplaces : ils sont coulés dans le béton et indestructibles. Alors certains les ont peints, de couleurs vives, un peu n’importe comment. C’est assez joli. Ils n’ont plus d’utilité, officiellement, même si beaucoup d’Albanais admettent que les gens semblent souvent perdent leur virginité dans le secret d’un bunker. Notre guide de voyage terminait sur cette boutade : « It gives a whole other meaning to safe sex, no ? ».

Ce matin je me suis réveillée en toussant ma vie. Je trainais un vilain mal de gorge depuis le début du pre-GA en Macédoine, mais je me disais que de parler 15h par jour et de n’en dormir que 3 ou 4, ça expliquait tout ça, et que ça passerait. Pas trop pour le moment en tout cas. Alors j’ai laissé Elly, Johny et Axel partir pour Gjyrokastro seuls, Elly revient dormir ici ce soir, je verrai les garçons demain dans le bus, celui qui m’amènera à Korca s’arrête en chemin à Gjyrokastro et ils embarqueront.

Parce que c’est déjà, un peu, le retour. À l’aurore je prendrai le bus pour Korca, plus au Nord et pas loin de la frontière grecque. Ça devrait prendre 8 à 10h. Je passerai l’après-midi à Korca et ensuite Johny et moi continueront seuls vers Thessaloniki, en Grèce, traversant ainsi le pays entier. On nous a prédit que ça prendrait 6 à 7h, pas plus : les routes grecques sont supérieurs aux routes albanaises ! Nous devrions arrive à Thessaloniki pendant la nuit et Nikos, un Grec au grand cœur rencontré au GA, va venir nous chercher pour nous offrir son plancher comme gîte. Le lendemain, je vais profiter à pleine vitesse de ma journée en Grèce, si j’en ai l’énergie. À 17h30, je m’envole (avec escale bien sûr !) pour Paris. Trop cheap pour sortir de l’aéroport, trouver une auberge et revenir le lendemain (20 euros à chaque fois, donc au moins 60 !), mon plan est de squatter un coin d’aéroport jusqu’au lendemain 13h, quand Air Transat fera décoller un avion qui me ramènera… le mot me blesse… à la maison.

Le retour est beaucoup trop rapide, pas encore vraiment désiré. Je m’accroche à l’idée de voir tous ceux que j’aime, de manger comme il faut, d’avoir mon lit. Ça ne fait pas le poids encore. Même si l’idée est intéressante. La bouffe, par exemple, sera un doux répit : en voyage tu manges au rapport calories/dollar. Et ça veut souvent dire des souvlakis ou des bureks (je rappelle : pâtisserie filo graisseuse fourrée de trucs encore plus gras), du pain et encore du pain. Heureusement que la salade de tomates et concombres est présente et pas trop dispendieuse ici, nos intestins demandent des fibres avec ardeur. Au GA, c’était la grande blague, on appelait ça le « food baby », c'est-à-dire d’avoir le bas-ventre tendu comme une femme enceinte de 2 mois au moins pas rien d’autre que notre côlon. Hilarant, mais on se tanne un peu, et on salive à l’idée d’un régime équilibré qui nous fera accoucher.

Il me reste encore un peu de temps, et je vais aller en profiter. Marcher encore sur la plage. Prendre une bière avec Elly et nos amis Danois qui sont sensés arriver ici ce soir, me saucer dans la mer, lire sur le balcon.

Bisous albanais à tous, à bientôt.