L'Indonésie me manque. Bon, je ne vais quand même pas me plaindre, mais ça me manque. À vrai dire, le Royaume-Uni, le Danemark, les Pays-Bas, la Slovénie et l'Estonie aussi. Pas que j'y ai mis les pieds, mais leurs ressortissants me manquent.
Restes que j'exulte de l'Europe, comme d'habitude. Les gens sont beaux, la bouffe est bonne, l'architecture sublime, ... un continent entier est à la portée de quelques heures de train, la densité intellectuelle est hors contrôle: j'exulte. Il y a aussi le fait que tout est hors de prix, surtout multiplié par le fichu taux de change. Je veux être européenne. Je voudrais ne pas avoir à payer de frais de scolarité comme les Autrichiens, être payés par le gouvernement pour aller en Afrique comme les Danois, pouvoir aller en Italie la fin de semaine... pourquoi faut-il que bouger soit si cher quand on est d'Amérique du Nord?
Surexcitée, j’ai rempli ma bouteille d’eau à même le robinet à Orly, non sans avoir demandé à la femme de ménage si l’eau était potable. Elle m’a regardé, complètement perplexe : « En France l’eau est potable Mademoiselle ». J’ai cru bon de lui mentionner que je débarquais d’Asie, donnez-moi une chance ! Les aéroports de Paris n’auront été qu’un (très) bref îlot de francophonie. Dès mon embarquement dans l’avion d’Air Slovaquia, de grandes hôtesses blondes se sont mis à me parler une langue dont je ne pipais mot. À Bratislava j’ai répété « bus » et « Wien » jusqu’à ce qu’un employé me pointe un bus. J’y ai trouvé Rita, une jeune Syrienne qui vit maintenant en Suède, mais a été en Autriche depuis 2 ans et qui justement retournait à Vienne. Son anglais et son allemands étaient limités, mais c’était déjà un million de fois moi et je me suis accrochée à elle. Elle m’a donné quelques instructions avant de débarquer du métro, et ensuite j’ai du gérer seule. Les Autrichiens ont l’air froid, mais ça doit être un manque d’expressivité, parce que quand tu pousses, ils sont tellement gentils.
A ma grande surprise, l’aventure « Geneviève est perdue dans le métro viennois » s’est bel et bien terminée par trouver mon ami Philippe, tel que prévu, devant une pâtisserie de Sudbanhoff (à le miracle quand j’ai compris que banhoff voulait dire gare de train, Westbanhoff et Sudbanhoff sont devenus vite compréhensibles…). Ayant trouvé mon compagnon de voyage et acheté des billets, nous sommes repartis sur la route, pour aller à Graz. Pour agrémenter le voyage, il est bon de savoir que l’on peut boire de la bière dans les trains en Autriche.
Inutile de dire qu’après 4 avions, 1 bus et 1 train, un matelas sur le plancher de la chambre de Philippe me paraissait extraordinaire ! Le lendemain nous avons visité Graz, et bon sang que le café me paraissait délicieux ! Pour 3 euros, j’ai vagabondé dans les musées de Graz toute la journée, et terminé le tout par du vin, du fromage et du pain (la vie était belle), au sommet de leur Mont-Royal local. Puis des amis de Philippe sont venus passer la soirée chez lui, et son coloc indien nous a fait du curry en guise de second repas. J’étais presque émue de manger du riz en boulettes avec mes mains, un peu plus et je me serais sentie à la maison, mais vite je me suis souvenue que ce n’était plus la maison à Yogya, et que je devais atterrir en Autriche. J’ai intimé à mon cerveau de considérer que de se faire saluer en allemand était normal, parce que j’ai sauté haut les premières fois !
La journée suivante fut dédiée à Vienne, qui est, ma foi, une ville splendide. Simplement y marcher équivaut à être entouré de beauté, et marcher toute la journée nous a convenu. Les jardins, les musées, les palais, les places, … tout concordait pour défendre le statut impérial de Vienne. Une petite nuit dans une auberge de jeunesse et c’était déjà le temps de dire aurevoir à Philippe et de trouver Alex, avec qui je faisais le chemin pour la Macédoine.
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Mon cerveau semble frit par les 24h de train, dont 12h sur le sol, les aventures de Vienne vers la Macédoine seront relatées plus tard, quand j'aurai retrouvé l'utilisation de mes facultés mentales...
