L’Albanie est sous-estimée. Gravement. Je ne m’imaginais pas que ça serait si beau, que j’aimerais autant ça, que les gens seraient aussi gentil. Qu’autant de modernisme et d’européanité côtoieraient autant de pauvreté et de nationalisme distinctif. L’Albanie a vécu des booms économiques et des chutes assez drastiques, assez rapidement. Ça construit partout, mais beaucoup d’immeubles à demi-construits sont abandonnés. Des promenades sur la mer, des églises réputées, des cars de touristes… on dirait Barcelone, la riviera française, des pans d’Italie. Mais personne ne parlera anglais, ou presque et encore quelques mots. Mis à part quelques villes, on ne connaît pas trop les touristes. Et quand on en connaît ce sont les voisins : les Italiens, d’autres Balkanais. Même là, les Italiens et les Grecs se considèrent souvent comme trop civilisés pour venir en Albanie. Ça a des bons, ce moins d’européanité : ici on ne t’arnaque pas et on ne vole pas, ou si rarement. On s’endort sur la plage avec des sacs à côté : ça ne tiendrait pas 10 min en Espagne. Ici pas de problème. Et c’est beaucoup, beaucoup moins cher de l’Europe de l’Ouest. Il y a des petits rappels du statut de « pays en transition ». Les poubelles, par exemple, qui traînent un peu partout, ce qui est très peu sexy et généralement malodorant. Même que ce matin, mine de rien, je descends de l’immeuble où est notre auberge et qu’est-ce que je vois pas ? Pas une, mais deux vaches. Deux vaches, pas du tout attachées, en train de brouter des sacs de plastique pleins de vidanges, comme ça, très relax. Ok. Un rappel parmi tant d’autres de ce qu’est l’Albanie. Ça et des gens si gentils, mais qui lancent des roches aux romanichels et autres gitans. Des Mercedes à côté des veilles voitures rouillées. Des veilles robes fleuries et des vêtements de marque.
De Berat, nous sommes venus ici, à Saranda. C’était la mer enfin. À Elly, Johny et moi s’est ajouté Axel, un néerlandais sympathique qui ne se débrouille pas trop mal en albanais, ça a été très utile. On a trouvé l’auberge du siècle, bien cachée : 8e étage d’un immeuble résidentiel, vue incroyable sur la mer, à 45 sec de la plage. C’est tellement bien caché qu’ils viennent te chercher au centre-ville, leur carte dit : « allez au Happy hour bar, dîtes bonjour au barman, qu’il nous appelle. Et ça marche comme un charme.
De Saranda, on peut aller à bien des places autour. Hier, c’était Butrint et Ksamil. Butrint c’est l’Éphèse albanaise. Je n’ai pas vu Éphèse, mais apparemment ça rivalise bien. Avec pas mal de touristes en moins. C’est un site de ruines incroyablement riches et diverses : romaines, mais aussi ottomanes, et grecques et byzantines. De Butrint nous avons fait du pouce jusqu’à Ksamil et sa magnifique plage. Partout sur la place, on trouvait des bunkers. J’ai raconté les bunkers ? Ça va comme suit : pendant l’ère communiste, des centaines et des milliers de bunkers ont été construits, pour résister à l’invasion largement imaginaire que l’on prédisait. Ils ont la forme d’igloos sur pieds, comme des champignons, mais généralement on n’en voit que le dôme. Ils sont partout dans le nord, partout sur la côte, parfois sur le bord des routes. Et on ne peut pas les détruire ou les déplaces : ils sont coulés dans le béton et indestructibles. Alors certains les ont peints, de couleurs vives, un peu n’importe comment. C’est assez joli. Ils n’ont plus d’utilité, officiellement, même si beaucoup d’Albanais admettent que les gens semblent souvent perdent leur virginité dans le secret d’un bunker. Notre guide de voyage terminait sur cette boutade : « It gives a whole other meaning to safe sex, no ? ».
Ce matin je me suis réveillée en toussant ma vie. Je trainais un vilain mal de gorge depuis le début du pre-GA en Macédoine, mais je me disais que de parler 15h par jour et de n’en dormir que 3 ou 4, ça expliquait tout ça, et que ça passerait. Pas trop pour le moment en tout cas. Alors j’ai laissé Elly, Johny et Axel partir pour Gjyrokastro seuls, Elly revient dormir ici ce soir, je verrai les garçons demain dans le bus, celui qui m’amènera à Korca s’arrête en chemin à Gjyrokastro et ils embarqueront.
Parce que c’est déjà, un peu, le retour. À l’aurore je prendrai le bus pour Korca, plus au Nord et pas loin de la frontière grecque. Ça devrait prendre 8 à 10h. Je passerai l’après-midi à Korca et ensuite Johny et moi continueront seuls vers Thessaloniki, en Grèce, traversant ainsi le pays entier. On nous a prédit que ça prendrait 6 à 7h, pas plus : les routes grecques sont supérieurs aux routes albanaises ! Nous devrions arrive à Thessaloniki pendant la nuit et Nikos, un Grec au grand cœur rencontré au GA, va venir nous chercher pour nous offrir son plancher comme gîte. Le lendemain, je vais profiter à pleine vitesse de ma journée en Grèce, si j’en ai l’énergie. À 17h30, je m’envole (avec escale bien sûr !) pour Paris. Trop cheap pour sortir de l’aéroport, trouver une auberge et revenir le lendemain (20 euros à chaque fois, donc au moins 60 !), mon plan est de squatter un coin d’aéroport jusqu’au lendemain 13h, quand Air Transat fera décoller un avion qui me ramènera… le mot me blesse… à la maison.
Le retour est beaucoup trop rapide, pas encore vraiment désiré. Je m’accroche à l’idée de voir tous ceux que j’aime, de manger comme il faut, d’avoir mon lit. Ça ne fait pas le poids encore. Même si l’idée est intéressante. La bouffe, par exemple, sera un doux répit : en voyage tu manges au rapport calories/dollar. Et ça veut souvent dire des souvlakis ou des bureks (je rappelle : pâtisserie filo graisseuse fourrée de trucs encore plus gras), du pain et encore du pain. Heureusement que la salade de tomates et concombres est présente et pas trop dispendieuse ici, nos intestins demandent des fibres avec ardeur. Au GA, c’était la grande blague, on appelait ça le « food baby », c'est-à-dire d’avoir le bas-ventre tendu comme une femme enceinte de 2 mois au moins pas rien d’autre que notre côlon. Hilarant, mais on se tanne un peu, et on salive à l’idée d’un régime équilibré qui nous fera accoucher.
Il me reste encore un peu de temps, et je vais aller en profiter. Marcher encore sur la plage. Prendre une bière avec Elly et nos amis Danois qui sont sensés arriver ici ce soir, me saucer dans la mer, lire sur le balcon.
Bisous albanais à tous, à bientôt.
dimanche 16 août 2009
jeudi 13 août 2009
Tirana la belle
Avec le GA qui se terminait, il fallait vraiment que je décide ce que je faisais. C’est une chose d’être relax, mais à un moment il faut décider, quand on est la veille ! Finalement, j’ai choisi l’Albanie plutôt que la Grèce. Des copinos s’en allaient par là, ça me semblait assez exotique et l’opportunité était belle : quand est-ce que je vais aller en Albanie sinon ? La Grèce, c’est plus facile. On a commencé par une journée à Ohrid même, on était dans le coin depuis une semaine, mais coincés à Prestani, à 30 min, dans notre hôtel miteux. Parenthèse sur l’hôtel : les Macédoniens disaient que c’était du 4 étoiles… ben oui, c’est ça, et on a tous une poignée dans le dos ? Les serveurs étaient immondes, il fallait les chasser pour avoir notre bouillie quotidienne (généralement des nouilles trop cuites et froides avec un moton de feta passé date sur le dessus), et finalement tout le monde mangeait au restaurant à la fin. Je me plains rarement de la nourriture, mais là c’était simplement immonde, et ça se détériorait tous les jours ! Pour ajouter au charme de l’endroit : les toilettes étaient bouchées et inondées en permanence, les lampes nous tombaient dessus (celle de ma chambre est tombée du plafond un jour, comme ça, sans intervention extérieure !) et les murs étaient en carton (quand il y avait des murs, souvent c’était des cloisons qui n’allaient même pas jusqu’au sol).
Donc, on a quitté pour une charmante auberge de jeunesse à Ohrid. La ville était enchanteresse. Super pittoresque, des petites églises partout, des toits en tuiles rouges, des rues escarpées, et le lac, toujours sublime sous tous les angles, surtout du haut des falaises. Je suis allée marcher seule quelques heures, c’était le bonheur. Je m’arrêtais quand j’avais envie, mangeais un peu de ma miche de pain, sommeillait un peu sur une pierre, lisait un peu, marchais encore un peu, … Après 800 personnes et un horaire sans cesse, c’était bienheureux comme moment. Un bon souper, du gelato, de la rigolade sur les balcons de l’auberge. On était une bonne douzaine du GA, alors le « post-GA blues » n’a pas embarqué trop…
Ensuite, l’Albanie. Je me suis réveillée encore toute confuse vers 10h pour me faire dire que l’on partait « là là » ! Oh… ok. 4 Danois partaient en Albanie d’un côté, 2 Britanniques de l’autre. J’ai choisi de suivre les Brits et en moins de deux je me trouvais à courir avec Johny l’Irlandais et à grimper les clôtures barbelées pour qu’on se rende au village vite acheter de quoi se nourrir pendant les 8h de bus. Le bus était terriblement chaud, et nous avons été chanceux d’avoir des sièges. La frontière a pris des heures a passé, très typique des Balkans. Mais on est arrivés charmés (même si suants et crevés) à Tirana. Sans blague, jamais je ne suis arrivée dans un pays en en sachant si peu. J’ai lu la section du « Lonely planet » de quelqu’un d’autre passé la frontière. En fait, quand je suis rentrée en Albanie, je ne connaissais que deux choses : le nom de la capitale et de la monnaie. C’est peu ! Le « Lonely planet » était très instructif, et m’a fait voir Tirana d’une toute autre perspective : la capitale et le pays entier n’ont émergés du communisme il y a à peine plus de 15 ans. Les premiers touristes ne sont arrivés il y a quelques années. La ville a été transformée si rapidement, je ne sais pas comment les gens ont suivi. La population a eu une façon très créative de rendre plus agréable les bâtiments gris hérités du régime : ils ont peinturés sans craindre le ridicule. On voit ainsi un bâtiment à bois, un immeuble à rayures, un autre tout mauve, l’autre vert et orange. C’est trop sympathique. Tirana est sale, bondée, bigarrée… et terriblement attachante. On a eu un super souper très albanais : bruschetta et un fergese, un truc typiquement de la ville, très riche et délicieux, genre de ragoût plein de fromage, d’œufs de viande et d’autres choses non identifiées, le tout cuit dans un plat au four.
Il n’y a malgré tout pas grand-chose à voir à Tirana : après avoir marché, vu le musée, pris une photo de la statue de Mère Teresa, admiré l’opéra et la combinaison de minarets de clochers, … on a pris le bus pour Berat. La religion ici mérite qu’on la mentionne : en Albanie, on retrouve des musulmans, des orthodoxes et des catholiques qui cohabitent dans la plus grande paix. Apparemment, c’était déjà comme ça, mais le régime communiste a déclaré la nation athée et a banni la religion, du coup, tout le monde est très relax sur le sujet. Et on voit vraiment des minarets à côté de clochers, des prêtres et des femmes voilées. Un bel exemple.
Berat a été une surprise délicieuse au sortir d’un autre bus albanais sale et chaud (même si moins sale et moins chaud) : la ville est vraiment une ville musée. Chaque angle semble appeler la photo. Les rues sont pleines de vignes et pavées de petites pierres. Une forteresse, des églises, tout un tas de maisons, tout est d’époque et magnifiquement conservé. L’auberge de jeunesse est une révélation : je n’ai jamais vu d’auberge aussi belle, propre et accueillante. Des raisins et des figues qui pendent, des chambres impeccables et fraichement carrelées, une cuisine top, un jardin éblouissant. Le genre de lieu où les backpackers sans horaire peuvent rester accrochés pour longtemps, très longtemps. J’étais conquise, je ne l’étais que plus quand on a m’a appris que je pouvais manger tous les raisins que je voulais, et toutes les figues. Une orgie de fruits s’est ensuivie.
On s’est immédiatement mis à l’ascension vers le château, un des plus vieux habités en Europe. Ici on est loin des bénévoles chiants de Borobudur : « grimpez partout ! » semble être le moto, on vit dans les ruines ici, on ne les garde pas comme une musée. Je me suis donnée : en 30 sec j’étais sur une tourelle, en train de me hisser au sommet. La vue sur les vallées et les montagnes albanaises était sublime. Le château est vraiment une pure merveille, tout comme les petits églises et musées, pleins de peintures sur bois qui datent de centaines d’années.
Une autre attraction de Berat, qu’on ne trouve pas dans les livres, et créée par ses habitants même : ils marchent. Vous me direz que ce n’est rien de particulier. Mais en fait, ils marchent sur un tronçon de rue particulier : ils le marchent en faisant des aller-retour ! Littéralement, ils arrivent au bout et font un virage à 180 degrés et reprennent dans l’autre sens ! C’est excessivement divertissant. On s’est achetés des maïs grillés et on a regardé la parade, hilares. Puis, pour 2,50$, on a acheté des kilos de légumes, un melon et des pâtes et on est rentrés cuisiner. Un plat fait à la main, le premier en 6 semaines. Ça fait du bien.
Demain, on file vers le sud, à Sarandë. Apparemment, c’est suberpe, et la plage est là. Enfin ! Le plan est d’y rester jusqu’à ce que Johny et moi devions partir vers Thessaloniki pour attraper nos vols respectifs. Elly continuera seule vers le Kosovo. Mon retour vers Paris a été arrangé… ce soir. À moins d’une semaine de mon vol de retour vers Montréal. Même si je vais devoir traverser la Grèce pour me rendre à Thessaloniki, c’était le vol de moins chers à 250 km à la ronde. Lundi je vais donc partir en journée vers la frontière, puis prendre un second bus. Il était temps que je m’arrange un itinéraire ! Je suis bien chanceuse, à travers ces longues heures de bus, j’aurais un Irlandais sac à blague comme voisin de siège.
Bonne nuit, sur ce, je vais aller toucher mon lit
Bisous albaniens.
Donc, on a quitté pour une charmante auberge de jeunesse à Ohrid. La ville était enchanteresse. Super pittoresque, des petites églises partout, des toits en tuiles rouges, des rues escarpées, et le lac, toujours sublime sous tous les angles, surtout du haut des falaises. Je suis allée marcher seule quelques heures, c’était le bonheur. Je m’arrêtais quand j’avais envie, mangeais un peu de ma miche de pain, sommeillait un peu sur une pierre, lisait un peu, marchais encore un peu, … Après 800 personnes et un horaire sans cesse, c’était bienheureux comme moment. Un bon souper, du gelato, de la rigolade sur les balcons de l’auberge. On était une bonne douzaine du GA, alors le « post-GA blues » n’a pas embarqué trop…
Ensuite, l’Albanie. Je me suis réveillée encore toute confuse vers 10h pour me faire dire que l’on partait « là là » ! Oh… ok. 4 Danois partaient en Albanie d’un côté, 2 Britanniques de l’autre. J’ai choisi de suivre les Brits et en moins de deux je me trouvais à courir avec Johny l’Irlandais et à grimper les clôtures barbelées pour qu’on se rende au village vite acheter de quoi se nourrir pendant les 8h de bus. Le bus était terriblement chaud, et nous avons été chanceux d’avoir des sièges. La frontière a pris des heures a passé, très typique des Balkans. Mais on est arrivés charmés (même si suants et crevés) à Tirana. Sans blague, jamais je ne suis arrivée dans un pays en en sachant si peu. J’ai lu la section du « Lonely planet » de quelqu’un d’autre passé la frontière. En fait, quand je suis rentrée en Albanie, je ne connaissais que deux choses : le nom de la capitale et de la monnaie. C’est peu ! Le « Lonely planet » était très instructif, et m’a fait voir Tirana d’une toute autre perspective : la capitale et le pays entier n’ont émergés du communisme il y a à peine plus de 15 ans. Les premiers touristes ne sont arrivés il y a quelques années. La ville a été transformée si rapidement, je ne sais pas comment les gens ont suivi. La population a eu une façon très créative de rendre plus agréable les bâtiments gris hérités du régime : ils ont peinturés sans craindre le ridicule. On voit ainsi un bâtiment à bois, un immeuble à rayures, un autre tout mauve, l’autre vert et orange. C’est trop sympathique. Tirana est sale, bondée, bigarrée… et terriblement attachante. On a eu un super souper très albanais : bruschetta et un fergese, un truc typiquement de la ville, très riche et délicieux, genre de ragoût plein de fromage, d’œufs de viande et d’autres choses non identifiées, le tout cuit dans un plat au four.
Il n’y a malgré tout pas grand-chose à voir à Tirana : après avoir marché, vu le musée, pris une photo de la statue de Mère Teresa, admiré l’opéra et la combinaison de minarets de clochers, … on a pris le bus pour Berat. La religion ici mérite qu’on la mentionne : en Albanie, on retrouve des musulmans, des orthodoxes et des catholiques qui cohabitent dans la plus grande paix. Apparemment, c’était déjà comme ça, mais le régime communiste a déclaré la nation athée et a banni la religion, du coup, tout le monde est très relax sur le sujet. Et on voit vraiment des minarets à côté de clochers, des prêtres et des femmes voilées. Un bel exemple.
Berat a été une surprise délicieuse au sortir d’un autre bus albanais sale et chaud (même si moins sale et moins chaud) : la ville est vraiment une ville musée. Chaque angle semble appeler la photo. Les rues sont pleines de vignes et pavées de petites pierres. Une forteresse, des églises, tout un tas de maisons, tout est d’époque et magnifiquement conservé. L’auberge de jeunesse est une révélation : je n’ai jamais vu d’auberge aussi belle, propre et accueillante. Des raisins et des figues qui pendent, des chambres impeccables et fraichement carrelées, une cuisine top, un jardin éblouissant. Le genre de lieu où les backpackers sans horaire peuvent rester accrochés pour longtemps, très longtemps. J’étais conquise, je ne l’étais que plus quand on a m’a appris que je pouvais manger tous les raisins que je voulais, et toutes les figues. Une orgie de fruits s’est ensuivie.
On s’est immédiatement mis à l’ascension vers le château, un des plus vieux habités en Europe. Ici on est loin des bénévoles chiants de Borobudur : « grimpez partout ! » semble être le moto, on vit dans les ruines ici, on ne les garde pas comme une musée. Je me suis donnée : en 30 sec j’étais sur une tourelle, en train de me hisser au sommet. La vue sur les vallées et les montagnes albanaises était sublime. Le château est vraiment une pure merveille, tout comme les petits églises et musées, pleins de peintures sur bois qui datent de centaines d’années.
Une autre attraction de Berat, qu’on ne trouve pas dans les livres, et créée par ses habitants même : ils marchent. Vous me direz que ce n’est rien de particulier. Mais en fait, ils marchent sur un tronçon de rue particulier : ils le marchent en faisant des aller-retour ! Littéralement, ils arrivent au bout et font un virage à 180 degrés et reprennent dans l’autre sens ! C’est excessivement divertissant. On s’est achetés des maïs grillés et on a regardé la parade, hilares. Puis, pour 2,50$, on a acheté des kilos de légumes, un melon et des pâtes et on est rentrés cuisiner. Un plat fait à la main, le premier en 6 semaines. Ça fait du bien.
Demain, on file vers le sud, à Sarandë. Apparemment, c’est suberpe, et la plage est là. Enfin ! Le plan est d’y rester jusqu’à ce que Johny et moi devions partir vers Thessaloniki pour attraper nos vols respectifs. Elly continuera seule vers le Kosovo. Mon retour vers Paris a été arrangé… ce soir. À moins d’une semaine de mon vol de retour vers Montréal. Même si je vais devoir traverser la Grèce pour me rendre à Thessaloniki, c’était le vol de moins chers à 250 km à la ronde. Lundi je vais donc partir en journée vers la frontière, puis prendre un second bus. Il était temps que je m’arrange un itinéraire ! Je suis bien chanceuse, à travers ces longues heures de bus, j’aurais un Irlandais sac à blague comme voisin de siège.
Bonne nuit, sur ce, je vais aller toucher mon lit
Bisous albaniens.
Vers Montréal en 2010...
Le temps a filé et j’ai coupé sur les écrits. Quand on ne dort plus vraiment, on bloggue moins ! Je vais y aller dans l’ordre, mais en priorité : je suis maintenant en Albanie, à Berat, et si mon statut Facebook ne s’est pas rendu jusqu’à vous, les nouvelles sont bonnes pour Montréal AM2010… on a gagné ! Et bien comme il faut: 38 voix contre 15.
Je n’ai jamais autant souris de ma vie. Jamais autant battu des yeux, expliqué gentiment, donné des cossins, flirté même. Tous les moyens sont bons quand la cause est bonne ? Des jours de promo pour une année de travail... pour savoir si tout cela était pour rien ! Une chance que ça a marché.
Le rythme ne s’est pas amélioré dans les derniers jours : l’horaire incessant de 8h jusqu’à 22h, au moins. Et ça, c’est quand je n'allais pas aux plénières. Les plénières, c’est infernal. Ou du moins, c’est long, et là c’était infernal parce que la pièce n’était pas climatisée, ou même aérée, et que l’équipement audio-visuel était merdique. Le son grinchait tout le temps, le bruit était vraiment épuisant. Grosso modo, ça avait l’air de ça : les présidents et leurs VPs étaient assis autour de longues tables concentriques, en ordre alphabétique, avec des petits cartons avec le nom de leur association et des cartons de parole/vote avec le drapeau. Bref, une grosse assemblée de l’Organisation des nations unies. On a une centaine de membres en tout, mais parfois plus d’un par pays (par exemple nous avons deux membres au Canada, CFMS fait les facultés anglophones et IFMSA-Québec les francophones), et certains pays n’ont pas de droit de vote encore (ils sont des membres « applicants ») et tout un paquet de pays n’est pas toujours présent. Cette fois-ci, nous avions 58 votants. Pour imaginer le tout, il faut visualiser un vieil hôtel soviétique avec des nappes vertes et 120 personnes assises à de longues tables, sans compter les centaines qui se massaient derrière. J'étais juste à côté du Chili et de la Croatie, mais il y avait toujours mes copains les Péruviens et les Panaméens assis à la table derrière pour rigoler aussi. L’ordre crée des ironies : Israël à côté de l’Iran par exemple. On découvre des choses... Les Néerlandais sont compulsifs sur les questions, sans blague ils sont toujours la main en l’air. Et on ne comprend jamais ce que Taïwan raconte. Jamais. Les Balkans sont d'un chiant : ils demandent le vote sur tout.
Des fois le temps devenait tellement long dans les plénières que les gens partaient des sondages bidons sur un bout de papier et le faisaient circuler. « À quelle heure pensez-vous que finira la plénière ? » par exemple, et on voit dessous un paquet de conneries écrites : « quand l’enfer gèlera », « demain matin », « juste à temps pour l’assemblée de mars prochain ». On a aussi eu droit à « quelle température pensez-vous qu’il fera dans la pièce à la fin ? » et « combien de fois le grognon de président aura-t-il hurlé dans son micro pour demander le silence ? ». On se divertit comme on peut.
Théoriquement les plénières finissent à 22h, mais ça c’est l’horaire. Lorsqu’on présentait (enfin!) la candidature de Montréal pourtant on est passés passé une heure du matin. La tension était indécente. Quand l’Indonésie a présenté, on est sortis, c'est la règle... c’était 20 min d’une longueur infinie! Notre présentation de 15 min est passé en un clin d’œil après par contre !
La plénière du lendemain était encore plus tendue. Le vote se faisait de façon électronique et en bloc : tous les officiers, quelques motions et l’hôte de la prochaine assemblée. Et tout au long du vote, les portes étaient fermées. Comme il y avait 58 votants et seulement 4 stations de vote, ça a duré une éternité. Tous les présidents se sont alignés, cartons en main, et sont passés à la station. Pendant ce temps, le reste de la salle était en liesse : chansons à répondre, danses spontanées, séances de photos, vidéos en boucle sur l’écran, etc. Les présidents ne voulant pas être en reste, mais devant rester en file, s’en sont donnés à cœur joie : ils se sont mis à faire des danses en ligne en agitant leurs drapeaux de façon synchrone ! Très divertissants. Quand le vote est sorti, nous avons hurlé de liesse et pleuré de joie, ou presque seulement, diront certains. Avant de sentir le poids de la responsabilité, nous nous sommes permis une nuit de fête. Les Libanais offraient des verres, la musique était forte, et nous avons lâchés notre fou plus que de raison.
C’est un sujet sur lequel je ne m’étais pas étendu, mais il faut savoir qu’après les plénières, la nuit ne fait que commencé dans un GA. Un soir, c’est le « National Food and Drink party ». Un tour du monde en 70 tables. Un grave danger de perdre les pédales entre les verres de toutes sortes et les spécialités culinaires parfois douteuses. Un de nos délégués avait eu la brillante idée de nous affubler de petites verres autour du cou. Les gens avaient tendance à trop les remplir, même si, ainsi, nous étions plus écolo. Leslie, ma sympathique coloc de la semaine, et moi avion réussi l’improbable pari de s’habiller avec nos drapeaux respectifs, du Québec et du Canada. Cette créativité n’était le fruit que d’une seule pensée : ne pas mettre encore ce chandail rouge aux armoiries de AM2010 que nous avion sur le dos sans cesse depuis le début. Ça a marché, et nous sommes allés faire le tour du monde avec nos petits verres. Les Danois étaient très populaires à cause de leurs chapeaux de vikings (j’en ai d’ailleurs subtilisé un pendant une part de la soirée et tout plein de déléguées ont maintenant des photos de moi en pensant que c’est une photo d’eux avec une authentique Danoise !) et les Israéliens ont déclenché une série de baisers langoureux dans le cou les uns des autres en distribuant tout un tas de colliers en bonbons qui n’avaient le droit que d’être mangés sans les mains. C’était vraiment hilarant.
Il y a aussi eu le « PAMSA party ». PAMSA, c’est IFMSA des Amériques, notre région. Un soir, les latinos, désespérés par la mauvaise musique, ont lancés l’appel : tous dans le hall du bâtiment nord. En quelques minutes, l’un avait trouvé un ordinateur, l’autre des speakers du tonnerre et un autre, une bouteille de tequila. Les gens ont voté avec leurs pieds : en 10 min le hall était rempli, plus seulement des latinos, mais de gens de partout. Un concours de limbo international s’est ensuivi. À la surprise de tous, deux Québécois (dont moi), faisions partie des 3 finalistes. Notre ami Chilien nous a battus au dernier tour.
Ayant trop festoyé après notre victoire, je suis allée me coucher « tôt » le dernier soir, soit vers 2h du matin. Les adieux, ce soir là et le lendemain à l’aurore, étaient déchirants. J’en reverrai certains en Thaïlande pour l’Assemblée de mars, si par miracle je suis de la délégation, d’autres en août prochain à Montréal… la plupart sans doute jamais. Mais j’ai plusieurs dizaines de nouveaux contacts dans autant de pays, la joie !
Je n’ai jamais autant souris de ma vie. Jamais autant battu des yeux, expliqué gentiment, donné des cossins, flirté même. Tous les moyens sont bons quand la cause est bonne ? Des jours de promo pour une année de travail... pour savoir si tout cela était pour rien ! Une chance que ça a marché.
Le rythme ne s’est pas amélioré dans les derniers jours : l’horaire incessant de 8h jusqu’à 22h, au moins. Et ça, c’est quand je n'allais pas aux plénières. Les plénières, c’est infernal. Ou du moins, c’est long, et là c’était infernal parce que la pièce n’était pas climatisée, ou même aérée, et que l’équipement audio-visuel était merdique. Le son grinchait tout le temps, le bruit était vraiment épuisant. Grosso modo, ça avait l’air de ça : les présidents et leurs VPs étaient assis autour de longues tables concentriques, en ordre alphabétique, avec des petits cartons avec le nom de leur association et des cartons de parole/vote avec le drapeau. Bref, une grosse assemblée de l’Organisation des nations unies. On a une centaine de membres en tout, mais parfois plus d’un par pays (par exemple nous avons deux membres au Canada, CFMS fait les facultés anglophones et IFMSA-Québec les francophones), et certains pays n’ont pas de droit de vote encore (ils sont des membres « applicants ») et tout un paquet de pays n’est pas toujours présent. Cette fois-ci, nous avions 58 votants. Pour imaginer le tout, il faut visualiser un vieil hôtel soviétique avec des nappes vertes et 120 personnes assises à de longues tables, sans compter les centaines qui se massaient derrière. J'étais juste à côté du Chili et de la Croatie, mais il y avait toujours mes copains les Péruviens et les Panaméens assis à la table derrière pour rigoler aussi. L’ordre crée des ironies : Israël à côté de l’Iran par exemple. On découvre des choses... Les Néerlandais sont compulsifs sur les questions, sans blague ils sont toujours la main en l’air. Et on ne comprend jamais ce que Taïwan raconte. Jamais. Les Balkans sont d'un chiant : ils demandent le vote sur tout.
Des fois le temps devenait tellement long dans les plénières que les gens partaient des sondages bidons sur un bout de papier et le faisaient circuler. « À quelle heure pensez-vous que finira la plénière ? » par exemple, et on voit dessous un paquet de conneries écrites : « quand l’enfer gèlera », « demain matin », « juste à temps pour l’assemblée de mars prochain ». On a aussi eu droit à « quelle température pensez-vous qu’il fera dans la pièce à la fin ? » et « combien de fois le grognon de président aura-t-il hurlé dans son micro pour demander le silence ? ». On se divertit comme on peut.
Théoriquement les plénières finissent à 22h, mais ça c’est l’horaire. Lorsqu’on présentait (enfin!) la candidature de Montréal pourtant on est passés passé une heure du matin. La tension était indécente. Quand l’Indonésie a présenté, on est sortis, c'est la règle... c’était 20 min d’une longueur infinie! Notre présentation de 15 min est passé en un clin d’œil après par contre !
La plénière du lendemain était encore plus tendue. Le vote se faisait de façon électronique et en bloc : tous les officiers, quelques motions et l’hôte de la prochaine assemblée. Et tout au long du vote, les portes étaient fermées. Comme il y avait 58 votants et seulement 4 stations de vote, ça a duré une éternité. Tous les présidents se sont alignés, cartons en main, et sont passés à la station. Pendant ce temps, le reste de la salle était en liesse : chansons à répondre, danses spontanées, séances de photos, vidéos en boucle sur l’écran, etc. Les présidents ne voulant pas être en reste, mais devant rester en file, s’en sont donnés à cœur joie : ils se sont mis à faire des danses en ligne en agitant leurs drapeaux de façon synchrone ! Très divertissants. Quand le vote est sorti, nous avons hurlé de liesse et pleuré de joie, ou presque seulement, diront certains. Avant de sentir le poids de la responsabilité, nous nous sommes permis une nuit de fête. Les Libanais offraient des verres, la musique était forte, et nous avons lâchés notre fou plus que de raison.
C’est un sujet sur lequel je ne m’étais pas étendu, mais il faut savoir qu’après les plénières, la nuit ne fait que commencé dans un GA. Un soir, c’est le « National Food and Drink party ». Un tour du monde en 70 tables. Un grave danger de perdre les pédales entre les verres de toutes sortes et les spécialités culinaires parfois douteuses. Un de nos délégués avait eu la brillante idée de nous affubler de petites verres autour du cou. Les gens avaient tendance à trop les remplir, même si, ainsi, nous étions plus écolo. Leslie, ma sympathique coloc de la semaine, et moi avion réussi l’improbable pari de s’habiller avec nos drapeaux respectifs, du Québec et du Canada. Cette créativité n’était le fruit que d’une seule pensée : ne pas mettre encore ce chandail rouge aux armoiries de AM2010 que nous avion sur le dos sans cesse depuis le début. Ça a marché, et nous sommes allés faire le tour du monde avec nos petits verres. Les Danois étaient très populaires à cause de leurs chapeaux de vikings (j’en ai d’ailleurs subtilisé un pendant une part de la soirée et tout plein de déléguées ont maintenant des photos de moi en pensant que c’est une photo d’eux avec une authentique Danoise !) et les Israéliens ont déclenché une série de baisers langoureux dans le cou les uns des autres en distribuant tout un tas de colliers en bonbons qui n’avaient le droit que d’être mangés sans les mains. C’était vraiment hilarant.
Il y a aussi eu le « PAMSA party ». PAMSA, c’est IFMSA des Amériques, notre région. Un soir, les latinos, désespérés par la mauvaise musique, ont lancés l’appel : tous dans le hall du bâtiment nord. En quelques minutes, l’un avait trouvé un ordinateur, l’autre des speakers du tonnerre et un autre, une bouteille de tequila. Les gens ont voté avec leurs pieds : en 10 min le hall était rempli, plus seulement des latinos, mais de gens de partout. Un concours de limbo international s’est ensuivi. À la surprise de tous, deux Québécois (dont moi), faisions partie des 3 finalistes. Notre ami Chilien nous a battus au dernier tour.
Ayant trop festoyé après notre victoire, je suis allée me coucher « tôt » le dernier soir, soit vers 2h du matin. Les adieux, ce soir là et le lendemain à l’aurore, étaient déchirants. J’en reverrai certains en Thaïlande pour l’Assemblée de mars, si par miracle je suis de la délégation, d’autres en août prochain à Montréal… la plupart sans doute jamais. Mais j’ai plusieurs dizaines de nouveaux contacts dans autant de pays, la joie !
mercredi 5 août 2009
Montreal AM2010
C'est la folie. 800 personnes. Mon cerveau surchauffe. On est pas fait pour se souvenir, 800 fois, du nom de quelqu'un, de son pays d'origine, du comité auquel il appartient, de son opinion sur la candidature de Montréal, du nombre de GA auquel il a participé, etc.
Jusqu'à hier, nous étions à peine 200, le pre-GA c'était terminé le 4 au soir et hier, c'était farniente. Ce devait, mais les Macédoniens on décidé que l'on devrait changer de chambre, et on a du faire ça pour 9h, alors que nous nouvelles chambres n'étaient pas prêtes avant 13h. On m'a dit que je devais changer d'hôtel, et j'étais à deux poils d'assommer le président du comité organisateur, jusqu'à ce qu'il me dise que, non, en fait, on nous donnait un bungalow. Passé proche.
On a ensuite dépensé la folle somme de 100 denars pour avoir une chaise au soleil, et passé quelques heures tranquilles, entre les copains du pre-GA, avant l'arrivée déferlante des centaines d'autres délégués. L'eau était magnifique, le soleil brûlant, après 3 jours à l'intérieur, c'était divin. Le repos n'a pas duré, dès que le reste de notre délégation est arrivé, le boulot commencait: on avait un kiosque à monter, de la promotion à faire, des dizaines de kilos de matériel à classer. Dans 4 jours, à peine, un vote décidera qui de l'Indonésie (Bali), ou du Canada (Montréal), sera l'hôte de la prochaine assemblée d'août. Comme ça fait un an qu'on bosse là-dessus, pas question de perdre. Il a été décidé que 3h par nuit était un maximum et ce matin, à 7h, j'étais au stand pour mon quart. Les prochains jours seront rudes.
Dans la plus pure suite du désastre logistique macédonien, nous sommes arrivés avec 2h de retard, ou presque, à la cérémonie d'ouverture. Les bus qui devaient nous y transporter n'arrivaient pas, et c'était loin, et ça n'en finissait plus. Le "spectacle" était d'une lourdeur incroyable: mis à part un bon numéro de violon, la panoplie de discours était infinie (je dormais paisiblement sur l'épaule de Shawn, un des délégués ontariens qui vient d'arriver). On a aussi eu droit à une danse folklorique définie comme "difficile et douloureuse". Ce qu'ils ne disaient pas, c'est que c'était douloureux pour l'audience aussi... Sans blague, je croyais que j'avais vu la danse la plus lente du monde en Indonésie, ça c'était pas mal non plus. À la fin, on a eu droit à quelques pliés rapides et c'était tout. On est rentrés soulagés et déçus.
Je ne m'attends donc pas à du sommeil d'ici la fin du GA. Se succèdent des présentations surprises ("Gen, tu ne savais pas que c'était toi qui faisait l'atelier sur ça? Ah ben! C'est pas grave, improvise!"), des réunions, des courses contre la montre et, quelques verres. Moi qui ne sors jamais, ou presque, je trouve pas ça fait beaucoup de bière, d'ouzzo et de metaxa (Grèce!), de vin, ... Et dire que ce n'est que demain que se tient le "International food and drink party", un ramassis indécent de nourriture et de boisons de tous les pays.
C'est un immense tas d'information à la fois: des stats sur l'accès aux médicaments, le fait que les Balkanais semblent agressifs quand ils parlent même s'ils sont contents, un horaire changeant, des Suisses très sympathiques dont il faut se souvenir qui parle allemand/français/anglais, qui a déjà décidé de voter pour Montréal et qui reste à convaincre.
Bref, je cours, je vais bien, je perds déjà ma voix, j'ai bronzé un peu, je serre 300 mains par jour, je fais des tatoos de notre logo à tout le monde qui passe à côté du kiosque, avec ou sans consentement, ... et j'ai trouvé des Grecs pour m'amener à Thessaloniki après, mon plan en Grèce est complètement indéfini, mais le train qui mène à Thessaloniki et le même que celui qui vient de Belgrade, et après mon expérience là, une voiture pour la Grèce me semble mieux. En plus, Dr Benos, notre super confériencier du pre-GA, habite là, et a décidé que je devais souper avec ses étudiants si possible.
Bon bisous de Macédoine à tous, n'oubliez pas que j'aime recevoir vos messages...
Jusqu'à hier, nous étions à peine 200, le pre-GA c'était terminé le 4 au soir et hier, c'était farniente. Ce devait, mais les Macédoniens on décidé que l'on devrait changer de chambre, et on a du faire ça pour 9h, alors que nous nouvelles chambres n'étaient pas prêtes avant 13h. On m'a dit que je devais changer d'hôtel, et j'étais à deux poils d'assommer le président du comité organisateur, jusqu'à ce qu'il me dise que, non, en fait, on nous donnait un bungalow. Passé proche.
On a ensuite dépensé la folle somme de 100 denars pour avoir une chaise au soleil, et passé quelques heures tranquilles, entre les copains du pre-GA, avant l'arrivée déferlante des centaines d'autres délégués. L'eau était magnifique, le soleil brûlant, après 3 jours à l'intérieur, c'était divin. Le repos n'a pas duré, dès que le reste de notre délégation est arrivé, le boulot commencait: on avait un kiosque à monter, de la promotion à faire, des dizaines de kilos de matériel à classer. Dans 4 jours, à peine, un vote décidera qui de l'Indonésie (Bali), ou du Canada (Montréal), sera l'hôte de la prochaine assemblée d'août. Comme ça fait un an qu'on bosse là-dessus, pas question de perdre. Il a été décidé que 3h par nuit était un maximum et ce matin, à 7h, j'étais au stand pour mon quart. Les prochains jours seront rudes.
Dans la plus pure suite du désastre logistique macédonien, nous sommes arrivés avec 2h de retard, ou presque, à la cérémonie d'ouverture. Les bus qui devaient nous y transporter n'arrivaient pas, et c'était loin, et ça n'en finissait plus. Le "spectacle" était d'une lourdeur incroyable: mis à part un bon numéro de violon, la panoplie de discours était infinie (je dormais paisiblement sur l'épaule de Shawn, un des délégués ontariens qui vient d'arriver). On a aussi eu droit à une danse folklorique définie comme "difficile et douloureuse". Ce qu'ils ne disaient pas, c'est que c'était douloureux pour l'audience aussi... Sans blague, je croyais que j'avais vu la danse la plus lente du monde en Indonésie, ça c'était pas mal non plus. À la fin, on a eu droit à quelques pliés rapides et c'était tout. On est rentrés soulagés et déçus.
Je ne m'attends donc pas à du sommeil d'ici la fin du GA. Se succèdent des présentations surprises ("Gen, tu ne savais pas que c'était toi qui faisait l'atelier sur ça? Ah ben! C'est pas grave, improvise!"), des réunions, des courses contre la montre et, quelques verres. Moi qui ne sors jamais, ou presque, je trouve pas ça fait beaucoup de bière, d'ouzzo et de metaxa (Grèce!), de vin, ... Et dire que ce n'est que demain que se tient le "International food and drink party", un ramassis indécent de nourriture et de boisons de tous les pays.
C'est un immense tas d'information à la fois: des stats sur l'accès aux médicaments, le fait que les Balkanais semblent agressifs quand ils parlent même s'ils sont contents, un horaire changeant, des Suisses très sympathiques dont il faut se souvenir qui parle allemand/français/anglais, qui a déjà décidé de voter pour Montréal et qui reste à convaincre.
Bref, je cours, je vais bien, je perds déjà ma voix, j'ai bronzé un peu, je serre 300 mains par jour, je fais des tatoos de notre logo à tout le monde qui passe à côté du kiosque, avec ou sans consentement, ... et j'ai trouvé des Grecs pour m'amener à Thessaloniki après, mon plan en Grèce est complètement indéfini, mais le train qui mène à Thessaloniki et le même que celui qui vient de Belgrade, et après mon expérience là, une voiture pour la Grèce me semble mieux. En plus, Dr Benos, notre super confériencier du pre-GA, habite là, et a décidé que je devais souper avec ses étudiants si possible.
Bon bisous de Macédoine à tous, n'oubliez pas que j'aime recevoir vos messages...
lundi 3 août 2009
Passé Budapest
À Budapest, les trains de l’Europe de l’Ouest arrêtent. Tout le monde dehors et on recommence, et cette fois là, dans l’Est. Le rideau de fer est tombé depuis longtemps, mais on sent très bien le moment où on passe la ligne. Et pour quelqu’un qui arrive en train, ça se passe en Hongrie, dans la gare bruyante et bondée de la capitale. Arriver en Europe de l’Est, c’est ne plus savoir où on est si c’est la première fois. Clairement, ce n’est plus l’Europe qu’on connaît, l’Ouest, mais ce n’est pas l’Afrique, ni le Moyen-Orient, ni l’Asie, … « diantre où suis-je » est la question qui vient en tête. Etrangement, ce qui suit semble être l’attirance, en tout cas j’ai vu cela arriver chez moi et chez d’autres. Il y a quelque chose qui accroche dans les campagnes serbes et les drôles de bâtiments hongrois. Et pour un occidental, les clivages culturels, les guerres qui ont déchirés la région et les idées actuelles sont fascinantes de complexité.
Le train de Vienne qui m’y avait amené était climatisé, propre, plein de prises électriques, ça ne prenait qu’un petit 3 heures. À Budapest, commence le n’importe quoi : horaires et quais deviennent de plus en plus élastiques, et pour acheter son billet il faut prendre un numéro. Le temps de passer et tu as déjà changé des euros en Forint (la monnaie locale) et mangé un gyros avec un hongrois aussi sympathique que bedonnant. On a fait des provisions de pain, fromage, yogourt et fruits, parce que Budapest/Belgrade, ça se corse. L’horaire dit que c’est 7h30, mais on a mis un peu plus de 9h, parce qu’à la frontière serbe, ça n’a pas été très rapide... Du coup, on allait manquer notre train de nuit pour Skopje. C’était sans compter que ce train serait aussi en retard. Je me suis risquée à questionner un autre passager, après avoir passé une demi-heure dans « Le serbe de poche ». bien sûr je me suis ridiculisée en me tentant dans cette langue à l’alphabet rébarbatif, je suis tombée sur le seul passager à l’anglais impeccable. Mais même si le train de Budapest était bouillant, en bois et complètement crotté, j’ai déclaré que j’adorais le train. Vraiment, bien mieux que l’avion ou le bus. T’as de la place, tu peux marcher, tu vois le paysage, c’est complètement bucolique.
Je n’avais pas envie de sauter dans le train pour Belgrade, la Hongrie avait l’air si chouette. Le chemin vers Belgrade a été long, très long, dans un train très chaud, mais c’était quand même bien. Alex et moi avons révisé son livre de serbe, je me suis plongée dans « The wisdom of whores », un excellent livre sur le SIDA. J’avais l’impression de retrouver mon mojo d’implication, je grognais et m’enguelais dans mon wagon, toujours aussi offusquée par la situation.
On a fini par arriver à Belgrade, de nuit, après des siècles à la frontière. Notre train pour Skopje n’était pas encore parti, mais il était plein. On a sauté dedans, excessivement heureux d’au moins attraper le train. Mais on a eu beau marcher d’un bord à l’autre, argumenter pour avoir une couchette en payant plus, chercher de tous bords, rien à faire. On s’est assis par terre, résignés, à côtés des toilettes, et on est restés là… pendant 12h. On en est sortis sans beaucoup de sommeil, le cou cassé, odorants, crevés et de mauvaise humeur, mais bien heureux d’être arrivés en Macédoine, on n’y croyait plus. Les mauvaises nouvelles sont ensuite arrivées : le bus qui devait nous amener à Ohrid, la destination finale, n’était pas dans 30 minutes, mais dans 5 heures. Consternation. Comme on venait de trouver Christine, qui était sur le même train que nous, mais comme on était pris on ne l’a pas trouvée, on s’est écrasés au sol, la délégation québécoise enfin réunie. Du burek (une espèce de pâte filo fourrée au fromage) et un peu de repos plus tard, le mini-bus pour Ohrid est finalement arrivé (tout d’abord c’était 3h30, ensuite 4h, finalement 4h15, …). À 18 dans le bus, l’ambiance a levé, et vite. J’ai fait connaissance avec les Maltais derrière moi, un Autrichien débattait avec un Macédonien devant, Roy le Taïwanais faisait la démonstration du peu de français qu’il savait, les Slovaques et les Néerlandais faisaient des blagues au fond.
On a assez vite arrêté de se plaindre du trajet quand on a vu le lac. Ohrid, c’est la région du Sud-Ouest de la Macédoine, où un lac énorme s’étend entre la Macédoine, l’Albanie et la Grèce. Ce lac énorme est entouré de montagnes, de falaises, de vallées. La vue est ridiculement belle. Le paysage est simplement magnifique. Soudainement, on a compris pourquoi c’était le hub touristique des Balkans. En plus de la bière pas chère, il y avait la nature qui n’en finissait plus d’être belle.
Me voilà donc au milieu de la jungle qu’est une assemblée générale (GA) d’IFMSA. IFMSA, c’est la fédération internationale des associations d’étudiants en médecine. C’est 100 pays, 1 million d’étudiants, 2 assemblées par année où on retrouve de 600 à 1000 délégués. C’est la folie. Histoire de vivre ça au carré, je suis là pour le pre-GA, 3 jours de conférences et d’ateliers de plus, avant l’assemblée elle-même. Sur les presque 1000 participants attendus, environ 300 sont déjà ici pour un pre-GA ou un autre. Il y a celui des coordonateurs des échanges internationaux, des officiers internationaux d’IFMSA, des formateurs qui en forment de nouveaux, et le mien, Think Global.
Et il y a tous mes copinos de PAMSA, la région des Amériques dans IFMSA, que j’ai rencontré au Panama cet hiver, que j’avais hâte de serrer dans mes bras de nouveau, et tous ceux avec qui j’ai des rencontres en ligne depuis des lustres pour organiser le pre-GA, mais que je n’avais jamais vu. Après la frénésie des rencontres, il y a la bonne veille façon de s’assurer d’une cohésion : boire ensemble. Comme en Indonésie, après une soirée et quelques bières, tout est en ordre et nous sommes un groupe uni. D’ailleurs, entre les 18 Néerlendais qu’il y a ici (et d’autres arrivent plus tard) et les 13 qu’il y avait en Indonésie, je passe presque mon été aux Pays-Bas. Définitivement, c’est un été dans un contexte international, 17 pays là-bas et environ 90 ici quand tout le monde y sera.
C’est la joie : des gens de partout et de la santé mondiale à la pelle. Je suis une femme comblée. Crevée, mais comblée. Quand je suis arrivée après mes 36h de voyagement, il y avait les rencontres de dernières minutes, mon conférencier dont il fallait prendre soin, des courriels à envoyer. Mon lit, même dur, a été tant attendu. Cela reste un avantage d’arriver d’Asie : rien en Europe de l’Est ne me paraît problématique ! Train en bois, hôtel poussiéreux ? Je peux gérer.
Donc internet sans-fil qui flanche ou pas, hôtel bouillant ou pas, je fais avec : il y a un lac magnifique et de la nourriture incluant fruits et légumes, mais qualité de vie vient d’augementer drastiquement. Ajoutons à ça le fait que la bière en denars, c’est pas mal moins cher qu’en euros, et que je suis dans un méga-high d’implication et la vita è bella.
Le train de Vienne qui m’y avait amené était climatisé, propre, plein de prises électriques, ça ne prenait qu’un petit 3 heures. À Budapest, commence le n’importe quoi : horaires et quais deviennent de plus en plus élastiques, et pour acheter son billet il faut prendre un numéro. Le temps de passer et tu as déjà changé des euros en Forint (la monnaie locale) et mangé un gyros avec un hongrois aussi sympathique que bedonnant. On a fait des provisions de pain, fromage, yogourt et fruits, parce que Budapest/Belgrade, ça se corse. L’horaire dit que c’est 7h30, mais on a mis un peu plus de 9h, parce qu’à la frontière serbe, ça n’a pas été très rapide... Du coup, on allait manquer notre train de nuit pour Skopje. C’était sans compter que ce train serait aussi en retard. Je me suis risquée à questionner un autre passager, après avoir passé une demi-heure dans « Le serbe de poche ». bien sûr je me suis ridiculisée en me tentant dans cette langue à l’alphabet rébarbatif, je suis tombée sur le seul passager à l’anglais impeccable. Mais même si le train de Budapest était bouillant, en bois et complètement crotté, j’ai déclaré que j’adorais le train. Vraiment, bien mieux que l’avion ou le bus. T’as de la place, tu peux marcher, tu vois le paysage, c’est complètement bucolique.
Je n’avais pas envie de sauter dans le train pour Belgrade, la Hongrie avait l’air si chouette. Le chemin vers Belgrade a été long, très long, dans un train très chaud, mais c’était quand même bien. Alex et moi avons révisé son livre de serbe, je me suis plongée dans « The wisdom of whores », un excellent livre sur le SIDA. J’avais l’impression de retrouver mon mojo d’implication, je grognais et m’enguelais dans mon wagon, toujours aussi offusquée par la situation.
On a fini par arriver à Belgrade, de nuit, après des siècles à la frontière. Notre train pour Skopje n’était pas encore parti, mais il était plein. On a sauté dedans, excessivement heureux d’au moins attraper le train. Mais on a eu beau marcher d’un bord à l’autre, argumenter pour avoir une couchette en payant plus, chercher de tous bords, rien à faire. On s’est assis par terre, résignés, à côtés des toilettes, et on est restés là… pendant 12h. On en est sortis sans beaucoup de sommeil, le cou cassé, odorants, crevés et de mauvaise humeur, mais bien heureux d’être arrivés en Macédoine, on n’y croyait plus. Les mauvaises nouvelles sont ensuite arrivées : le bus qui devait nous amener à Ohrid, la destination finale, n’était pas dans 30 minutes, mais dans 5 heures. Consternation. Comme on venait de trouver Christine, qui était sur le même train que nous, mais comme on était pris on ne l’a pas trouvée, on s’est écrasés au sol, la délégation québécoise enfin réunie. Du burek (une espèce de pâte filo fourrée au fromage) et un peu de repos plus tard, le mini-bus pour Ohrid est finalement arrivé (tout d’abord c’était 3h30, ensuite 4h, finalement 4h15, …). À 18 dans le bus, l’ambiance a levé, et vite. J’ai fait connaissance avec les Maltais derrière moi, un Autrichien débattait avec un Macédonien devant, Roy le Taïwanais faisait la démonstration du peu de français qu’il savait, les Slovaques et les Néerlandais faisaient des blagues au fond.
On a assez vite arrêté de se plaindre du trajet quand on a vu le lac. Ohrid, c’est la région du Sud-Ouest de la Macédoine, où un lac énorme s’étend entre la Macédoine, l’Albanie et la Grèce. Ce lac énorme est entouré de montagnes, de falaises, de vallées. La vue est ridiculement belle. Le paysage est simplement magnifique. Soudainement, on a compris pourquoi c’était le hub touristique des Balkans. En plus de la bière pas chère, il y avait la nature qui n’en finissait plus d’être belle.
Me voilà donc au milieu de la jungle qu’est une assemblée générale (GA) d’IFMSA. IFMSA, c’est la fédération internationale des associations d’étudiants en médecine. C’est 100 pays, 1 million d’étudiants, 2 assemblées par année où on retrouve de 600 à 1000 délégués. C’est la folie. Histoire de vivre ça au carré, je suis là pour le pre-GA, 3 jours de conférences et d’ateliers de plus, avant l’assemblée elle-même. Sur les presque 1000 participants attendus, environ 300 sont déjà ici pour un pre-GA ou un autre. Il y a celui des coordonateurs des échanges internationaux, des officiers internationaux d’IFMSA, des formateurs qui en forment de nouveaux, et le mien, Think Global.
Et il y a tous mes copinos de PAMSA, la région des Amériques dans IFMSA, que j’ai rencontré au Panama cet hiver, que j’avais hâte de serrer dans mes bras de nouveau, et tous ceux avec qui j’ai des rencontres en ligne depuis des lustres pour organiser le pre-GA, mais que je n’avais jamais vu. Après la frénésie des rencontres, il y a la bonne veille façon de s’assurer d’une cohésion : boire ensemble. Comme en Indonésie, après une soirée et quelques bières, tout est en ordre et nous sommes un groupe uni. D’ailleurs, entre les 18 Néerlendais qu’il y a ici (et d’autres arrivent plus tard) et les 13 qu’il y avait en Indonésie, je passe presque mon été aux Pays-Bas. Définitivement, c’est un été dans un contexte international, 17 pays là-bas et environ 90 ici quand tout le monde y sera.
C’est la joie : des gens de partout et de la santé mondiale à la pelle. Je suis une femme comblée. Crevée, mais comblée. Quand je suis arrivée après mes 36h de voyagement, il y avait les rencontres de dernières minutes, mon conférencier dont il fallait prendre soin, des courriels à envoyer. Mon lit, même dur, a été tant attendu. Cela reste un avantage d’arriver d’Asie : rien en Europe de l’Est ne me paraît problématique ! Train en bois, hôtel poussiéreux ? Je peux gérer.
Donc internet sans-fil qui flanche ou pas, hôtel bouillant ou pas, je fais avec : il y a un lac magnifique et de la nourriture incluant fruits et légumes, mais qualité de vie vient d’augementer drastiquement. Ajoutons à ça le fait que la bière en denars, c’est pas mal moins cher qu’en euros, et que je suis dans un méga-high d’implication et la vita è bella.
samedi 1 août 2009
Paris vers Vienne
L'Indonésie me manque. Bon, je ne vais quand même pas me plaindre, mais ça me manque. À vrai dire, le Royaume-Uni, le Danemark, les Pays-Bas, la Slovénie et l'Estonie aussi. Pas que j'y ai mis les pieds, mais leurs ressortissants me manquent.
Restes que j'exulte de l'Europe, comme d'habitude. Les gens sont beaux, la bouffe est bonne, l'architecture sublime, ... un continent entier est à la portée de quelques heures de train, la densité intellectuelle est hors contrôle: j'exulte. Il y a aussi le fait que tout est hors de prix, surtout multiplié par le fichu taux de change. Je veux être européenne. Je voudrais ne pas avoir à payer de frais de scolarité comme les Autrichiens, être payés par le gouvernement pour aller en Afrique comme les Danois, pouvoir aller en Italie la fin de semaine... pourquoi faut-il que bouger soit si cher quand on est d'Amérique du Nord?
Surexcitée, j’ai rempli ma bouteille d’eau à même le robinet à Orly, non sans avoir demandé à la femme de ménage si l’eau était potable. Elle m’a regardé, complètement perplexe : « En France l’eau est potable Mademoiselle ». J’ai cru bon de lui mentionner que je débarquais d’Asie, donnez-moi une chance ! Les aéroports de Paris n’auront été qu’un (très) bref îlot de francophonie. Dès mon embarquement dans l’avion d’Air Slovaquia, de grandes hôtesses blondes se sont mis à me parler une langue dont je ne pipais mot. À Bratislava j’ai répété « bus » et « Wien » jusqu’à ce qu’un employé me pointe un bus. J’y ai trouvé Rita, une jeune Syrienne qui vit maintenant en Suède, mais a été en Autriche depuis 2 ans et qui justement retournait à Vienne. Son anglais et son allemands étaient limités, mais c’était déjà un million de fois moi et je me suis accrochée à elle. Elle m’a donné quelques instructions avant de débarquer du métro, et ensuite j’ai du gérer seule. Les Autrichiens ont l’air froid, mais ça doit être un manque d’expressivité, parce que quand tu pousses, ils sont tellement gentils.
A ma grande surprise, l’aventure « Geneviève est perdue dans le métro viennois » s’est bel et bien terminée par trouver mon ami Philippe, tel que prévu, devant une pâtisserie de Sudbanhoff (à le miracle quand j’ai compris que banhoff voulait dire gare de train, Westbanhoff et Sudbanhoff sont devenus vite compréhensibles…). Ayant trouvé mon compagnon de voyage et acheté des billets, nous sommes repartis sur la route, pour aller à Graz. Pour agrémenter le voyage, il est bon de savoir que l’on peut boire de la bière dans les trains en Autriche.
Inutile de dire qu’après 4 avions, 1 bus et 1 train, un matelas sur le plancher de la chambre de Philippe me paraissait extraordinaire ! Le lendemain nous avons visité Graz, et bon sang que le café me paraissait délicieux ! Pour 3 euros, j’ai vagabondé dans les musées de Graz toute la journée, et terminé le tout par du vin, du fromage et du pain (la vie était belle), au sommet de leur Mont-Royal local. Puis des amis de Philippe sont venus passer la soirée chez lui, et son coloc indien nous a fait du curry en guise de second repas. J’étais presque émue de manger du riz en boulettes avec mes mains, un peu plus et je me serais sentie à la maison, mais vite je me suis souvenue que ce n’était plus la maison à Yogya, et que je devais atterrir en Autriche. J’ai intimé à mon cerveau de considérer que de se faire saluer en allemand était normal, parce que j’ai sauté haut les premières fois !
La journée suivante fut dédiée à Vienne, qui est, ma foi, une ville splendide. Simplement y marcher équivaut à être entouré de beauté, et marcher toute la journée nous a convenu. Les jardins, les musées, les palais, les places, … tout concordait pour défendre le statut impérial de Vienne. Une petite nuit dans une auberge de jeunesse et c’était déjà le temps de dire aurevoir à Philippe et de trouver Alex, avec qui je faisais le chemin pour la Macédoine.
---
Mon cerveau semble frit par les 24h de train, dont 12h sur le sol, les aventures de Vienne vers la Macédoine seront relatées plus tard, quand j'aurai retrouvé l'utilisation de mes facultés mentales...
Restes que j'exulte de l'Europe, comme d'habitude. Les gens sont beaux, la bouffe est bonne, l'architecture sublime, ... un continent entier est à la portée de quelques heures de train, la densité intellectuelle est hors contrôle: j'exulte. Il y a aussi le fait que tout est hors de prix, surtout multiplié par le fichu taux de change. Je veux être européenne. Je voudrais ne pas avoir à payer de frais de scolarité comme les Autrichiens, être payés par le gouvernement pour aller en Afrique comme les Danois, pouvoir aller en Italie la fin de semaine... pourquoi faut-il que bouger soit si cher quand on est d'Amérique du Nord?
Surexcitée, j’ai rempli ma bouteille d’eau à même le robinet à Orly, non sans avoir demandé à la femme de ménage si l’eau était potable. Elle m’a regardé, complètement perplexe : « En France l’eau est potable Mademoiselle ». J’ai cru bon de lui mentionner que je débarquais d’Asie, donnez-moi une chance ! Les aéroports de Paris n’auront été qu’un (très) bref îlot de francophonie. Dès mon embarquement dans l’avion d’Air Slovaquia, de grandes hôtesses blondes se sont mis à me parler une langue dont je ne pipais mot. À Bratislava j’ai répété « bus » et « Wien » jusqu’à ce qu’un employé me pointe un bus. J’y ai trouvé Rita, une jeune Syrienne qui vit maintenant en Suède, mais a été en Autriche depuis 2 ans et qui justement retournait à Vienne. Son anglais et son allemands étaient limités, mais c’était déjà un million de fois moi et je me suis accrochée à elle. Elle m’a donné quelques instructions avant de débarquer du métro, et ensuite j’ai du gérer seule. Les Autrichiens ont l’air froid, mais ça doit être un manque d’expressivité, parce que quand tu pousses, ils sont tellement gentils.
A ma grande surprise, l’aventure « Geneviève est perdue dans le métro viennois » s’est bel et bien terminée par trouver mon ami Philippe, tel que prévu, devant une pâtisserie de Sudbanhoff (à le miracle quand j’ai compris que banhoff voulait dire gare de train, Westbanhoff et Sudbanhoff sont devenus vite compréhensibles…). Ayant trouvé mon compagnon de voyage et acheté des billets, nous sommes repartis sur la route, pour aller à Graz. Pour agrémenter le voyage, il est bon de savoir que l’on peut boire de la bière dans les trains en Autriche.
Inutile de dire qu’après 4 avions, 1 bus et 1 train, un matelas sur le plancher de la chambre de Philippe me paraissait extraordinaire ! Le lendemain nous avons visité Graz, et bon sang que le café me paraissait délicieux ! Pour 3 euros, j’ai vagabondé dans les musées de Graz toute la journée, et terminé le tout par du vin, du fromage et du pain (la vie était belle), au sommet de leur Mont-Royal local. Puis des amis de Philippe sont venus passer la soirée chez lui, et son coloc indien nous a fait du curry en guise de second repas. J’étais presque émue de manger du riz en boulettes avec mes mains, un peu plus et je me serais sentie à la maison, mais vite je me suis souvenue que ce n’était plus la maison à Yogya, et que je devais atterrir en Autriche. J’ai intimé à mon cerveau de considérer que de se faire saluer en allemand était normal, parce que j’ai sauté haut les premières fois !
La journée suivante fut dédiée à Vienne, qui est, ma foi, une ville splendide. Simplement y marcher équivaut à être entouré de beauté, et marcher toute la journée nous a convenu. Les jardins, les musées, les palais, les places, … tout concordait pour défendre le statut impérial de Vienne. Une petite nuit dans une auberge de jeunesse et c’était déjà le temps de dire aurevoir à Philippe et de trouver Alex, avec qui je faisais le chemin pour la Macédoine.
---
Mon cerveau semble frit par les 24h de train, dont 12h sur le sol, les aventures de Vienne vers la Macédoine seront relatées plus tard, quand j'aurai retrouvé l'utilisation de mes facultés mentales...
mardi 28 juillet 2009
Bon matin Paris, 2e partie
Les visites à l’hôpital étaient source de grands espoirs, surtout après les ateliers cliniques, assez instructifs puisqu’ils poussaient l’examen physique et de laboratoire spécifique au bloc étudié, et que ça je n’en avais rien vu. Je crois que je n’ai pas été la seule déçue de savoir que l’on avait que 2 visites à l’hôpital finalement. Et les choses ne se sont pas améliorés en arrivant au BBKPM, l’hôpital de pneumo, et de facto spécialisé en TB : une conférence qui remâchait ce qu’on avait entendu 100 fois, une cérémonie d’ouverture qui n’en finissait plus, des interventions de 1001 fonctionnaires et administrateurs en indonésien, parfois avec traduction (ce qui rendait le tout désespérément long), parfois sans (ce qui était mortellement ennuyant). Et puis on prenait des photos, les officiels présents s’échangeaient des cadeaux, il y avait d’autres photos, on nommait tous les pays présents comme si nous étions ambassadeurs de quelque chose, et on recevait une collation, et on reprenait des photos. Finalement, avant la cérémonie de clôture (parce qu’il y avait ça aussi), il ne restait que quelques heures. Quand finalement on entrait dans le vif de la chose, on réalisait vite que les patients ne seraient pas au rendez-vous, sauf si on considère ceux que l’on a croisé dans la salle d’attente. Cette visite est restée très instructive, même si absolument non-clinique. L’hôpital semblait assez bien géré, était propre et assez organisé. Les mesures de protection du personnel et des autres patients étaient inexistantes : pas de masque, pas d’isolation, rien. Une telle chose créerait un tollé au Québec ou ailleurs en Europe et en Amérique, et plusieurs étudiants ont flippé, mais il faut prendre le contexte local en perspective. L’Indonésie comptabilise le 3e plus haut nombre de cas de tuberculose au monde chaque année, tout juste derrière la Chine et l’Inde (que l’on retrouve sans surprise en tête de liste, avec plus d’1 milliard de citoyens chacun). Sans avoir les chiffres, il est largement admis là-bas que la majorité de la population est infectée de façon latente. Dans un hôpital, ça doit être tout le monde, ou presque. Or, une TB latente protège (pas complètement, mais quand même) d’une autre infection. Du coup, isoler les patients n’est pas une priorité, et encore moins traiter la TB latente : pourquoi donner un prophylaxie à quelqu’un pour le débarrasser des bactéries dormantes si l’on sait qu’il est tellement exposé qu’il rattrapera une souche rapidement ? C’était le choc des cultures médicales. Les plus éberlués se révoltait contre l’absence de prophylaxie, je faisais figure compréhensive à côté d’une telle position, même si ma tutrice s’est bien marrée de moi quand elle m’a demandé ce que je faisais pour mon cas fictif : « je demande une formule sanguine, un test de sputum, un test de VIH et une culture de sang, d’un prélèvement du foie et du poumon à cause des signes de possible dissémination ». Elle riait. Et quand je lui ai dit qu’avant de commencer un traitement je testerais les fonctions hépatiques et rénales elle a aussi un sourcil et ouverts de grands yeux ronds. C’était pigé. Dans les conditions typiques indonésiennes, on ne traitera pas différemment si la TB est disséminée, aussi bien commencer le traitement standard directement, et la patient ne peut payer pour tous ces tests, et puis les risques de mortalité sont assez élevés pour la possible toxicité rénale et hépatique soit un souci extrêmement mineur. Je n’étais pas moins mal à l’aise face au fait qu’on nous avait dit de nous ganter et masquer, et que personne ne le faisait à l’hôpital, sauf au labo. Extrêmement inconfortable avec l’idée de porter un masque quand personne ne le fait et que le risque me paraît faible et bénin, je n’ai pas mis le mien, sauf quand on me l’a dit. L’idée que moi je doive en mettre, comme si ma vie valait plus que celle des autres patients, des médecins, des infirmières, me révoltait. On a rit de moi : « tu prends des risques pour rien ». Sauf que la tuberculose se transmet sur une longue période de temps, et que je n’ai examiné personne se jour là. Et puis, avec le taux d’infection en Indonésie, on en respirait sans aucun doute tous les jours du Mycobacterium ! À l’université, au marché, dans les rues et les magasins, etc.
C’est donc en m’attendant à une reprise de la visite du BBKPM que je suis arrivée à l’hôpital pour la visite de la « zone endémique » de malaria. Après un cérémonial similaire, et vaguement plus bref, et des conférences avec des présentations en indonésien, le chat est sorti du sac sur une diapo : il n’y avait eu qu’un seul cas de malaria admis à l’hôpital cette année. Et même pas 30 depuis 5 ans. Stupéfaction générale : vous appelez ça une zone endémique ?! En fait c’était que, même si la zone l’était, les cas étaient maintenant pris en charge par les petits centres de santé, et du coup, personne ne se rendait à l’hôpital pour ça. Exit l’espoir de voir un patient atteint de malaria, et beaucoup de questionnement sur la pertinence des 2h de route pour se rendre... Alors qu’on recommençait à nous faire faire une visite administrative de l’hôpital, des protestations se sont exprimées de plus en plus vigoureusement. Grosso modo, ça sonnait comme « on veut voir des patients ». La demande fut exaucée, mais l’éthique de la chose s’est rapidement montrée fort douteuse : par groupe d’une vingtaine, on nous a ouvert la porte d’une aile et on nous a dit d’aller voir des patients. Sans médecins, sans infirmières, sans les dossiers, les gens se sont essaimés, avec un membre de comité comme interprète, pour aller voir des patients, lesquels n’avaient rien demandé. Je me sentais mal : je n’avais rien à offrir, rien à donner, qui étais-je pour aller palper des abdomens et écouter des souffles si ça ne bénéficiait à personne ? Les familles des patients étaient excitées, pleins de blancs qui venaient les voir, même si cela ne me rendait pas plus utile. Déchirée, j’ai quand même décidé d’aller voir des patients, le plus possible seule ou en petit groupe, en amenant une fille du comité pour m’aider avec la barrière de la langue. Il y avait cette magnifique fillette, le ventre distendue par une ascite d’origine douteuse. Elle avait une forte fièvre, et était là depuis 2 jours, mais personne n’avait donné à sa mère ni diagnostic, ni résultat de tests, ni une idée sur la marche à suivre. L’histoire s’est ensuite répétée de lit en lit : des patients à qui on ne dit rien, qui sont « sous observation », mais personne ne les observe, à qui on donne tous un soluté de dextrose 5% indépendamment des besoins, dont on n’attend pas de tests, mais qui sont là. J’ai demandé à la mère de la fillette si je pouvais l’examiner, et elle était enthousiaste. Elle était brûlante, le ventre gonflé, le pouls rapide, le front en sueur et les pupilles dilatés. Mis à part palper son ventre, prendre son pouls, je ne pouvais rien faire de plus, alors je lui ai flatté les cheveux et j’ai questionné la mère. On a rit. Une Indonésienne prenait des photos, même si je ne voulais pas, la mère était heureuse de tant d’attention, je me sentais prise au piège.
Il y avait aussi une veille dame avec une hépatite. C’était une hépatite C, très traitable, et assez facilement. Ça ne semblait pas être sur l’agenda de qui que ce soit de la mettre sur antibiotiques. Son foie ne faisait plus grand-chose, son plasma fuyait de partout, ses membres étaient enflés à un point tel qu’elle pouvait difficilement serrer la main de celui qui la tenait (et elle a insisté pour serré la notre malgré tout…) et son abdomen était tellement distendu par le liquide qu’on avait l’impression qu’il allait exploser. Elle avait toujours un soluté, et sans elle aurait sans doute été en hypovolémie, mais ce dont elle avait besoin, c’était d’une infusion de protéines, pour retenir le plasma dans les vaisseaux. Je n’ai même pas mentionné l’idée : une telle infusion requiert du plasma en grand quantité, qui a été purifié, concentré et congelé. C'est-à-dire une infrastructure inexistante. Assez sombre face à son pronostic, j’ai questionné un copain allemand qui finissait ses études : « Torben, elle a combien de temps ? ». sa réponse ne m’a pas surpris, même si elle blessait « une semaine, au plus ».
C’était pareil à chaque lit : des réponses confuses, ou pas du tout. Une femme enceinte était là pour une raison obscure. J’ai fini par apprendre qu’elle venait de compléter un traitement pour la TB, malgré un crachat négatif, à cause d’évidence clinique de la maladie. Comme elle avait testé négatif avant, un nouveau test ne nous disait rien sur son était actuel. On l’avait déclarée guérie. Pourtant en écoutant ses poumons, mêmes une novice comme moi pouvait dire qu’elle avait un sacré épanchement pleural. Et que ça soit une TB ou pas, il fallait y porter attention. Un autre patient avait la TB, et lui c’était évident. D’un seul coup d’œil j’aurais pu le dire : la TB ne s’appelle pas la « consumption » pour rien, il était littéralement en train de se consommer devant nous, maigre et courbé, le souffle difficile, les yeux saillants. C’était un TB multi-résistante, le premier traitement n’avait pas fonctionné, et je crois bien que la 2e ligne était trop peu trop tard : affaibli comme il était, même avec une hospitalisation digne de ce nom, le pronostic était mauvais… et là il n’avait rien. Quand il a voulu s’asseoir pour se faire examiner, il a eu une toux violente et une hémoptysie soudaine : il a craché un caillot de sang et de mucus de la taille d’une balle de golf. A côté de moi, une fille du comité a levé sa caméra et on cliqué pour prendre un cliché. J’ai crié. Je n’avais encore rien dit sur l’attitude général de visite au zoo que les membres du comité avaient, sur cette manie de photos qui ne s’arrêtait pas devant des patients, je ne voulais rien dire car je n’étais pas chez moi et eux si, mais là c’est sorti sans que je puisse rien y faire : je veux bien croire que l’éthique est variable, mais dans tous les systèmes au monde il me semble que d’avoir le réflexe de prendre une photo quand quelqu’un crache ses poumons est inacceptable.
J’allais changer d’aile quand on m’a dit que l’un d’entre nous s’était évanoui. Pas devant la souffrance et les lits sales, les patients classés en 1ère, 2e et 3e classe, mais sous le soleil qui tapait, après avoir été malade depuis deux jours. Finalement ça a été le seul patient avec qui j’ai pu communiquer sans interprète ! Son pouls était si faible que je le détectais à peine, il était plus pâle que les draps. Une infirmière à suggéré une ligne intraveineuse et nous nous sommes tous écriés d’une seule voix « non ! ». Devant la stérilité douteuse du matériel, même dans le besoin je crois que nous aurions refusé, et là c’était loin d’être nécessaire.
On ne sort pas d’un hôpital aussi mal géré avec des réponses, mais seulement plus de questionnements. C’est une question de ressources, oui, mais aussi de gestion, de logistique, de personnel, d’inventaire, de leadership et de volonté politique. Ce soir là je me suis dit qu’un stage qui m’aurait fait faire ça tous les jours aurait été beaucoup plus intense, mais aussi que j’en avais assez pour m’écrire un roman de réflexions, et donc que le but était atteint.
C’est donc en m’attendant à une reprise de la visite du BBKPM que je suis arrivée à l’hôpital pour la visite de la « zone endémique » de malaria. Après un cérémonial similaire, et vaguement plus bref, et des conférences avec des présentations en indonésien, le chat est sorti du sac sur une diapo : il n’y avait eu qu’un seul cas de malaria admis à l’hôpital cette année. Et même pas 30 depuis 5 ans. Stupéfaction générale : vous appelez ça une zone endémique ?! En fait c’était que, même si la zone l’était, les cas étaient maintenant pris en charge par les petits centres de santé, et du coup, personne ne se rendait à l’hôpital pour ça. Exit l’espoir de voir un patient atteint de malaria, et beaucoup de questionnement sur la pertinence des 2h de route pour se rendre... Alors qu’on recommençait à nous faire faire une visite administrative de l’hôpital, des protestations se sont exprimées de plus en plus vigoureusement. Grosso modo, ça sonnait comme « on veut voir des patients ». La demande fut exaucée, mais l’éthique de la chose s’est rapidement montrée fort douteuse : par groupe d’une vingtaine, on nous a ouvert la porte d’une aile et on nous a dit d’aller voir des patients. Sans médecins, sans infirmières, sans les dossiers, les gens se sont essaimés, avec un membre de comité comme interprète, pour aller voir des patients, lesquels n’avaient rien demandé. Je me sentais mal : je n’avais rien à offrir, rien à donner, qui étais-je pour aller palper des abdomens et écouter des souffles si ça ne bénéficiait à personne ? Les familles des patients étaient excitées, pleins de blancs qui venaient les voir, même si cela ne me rendait pas plus utile. Déchirée, j’ai quand même décidé d’aller voir des patients, le plus possible seule ou en petit groupe, en amenant une fille du comité pour m’aider avec la barrière de la langue. Il y avait cette magnifique fillette, le ventre distendue par une ascite d’origine douteuse. Elle avait une forte fièvre, et était là depuis 2 jours, mais personne n’avait donné à sa mère ni diagnostic, ni résultat de tests, ni une idée sur la marche à suivre. L’histoire s’est ensuite répétée de lit en lit : des patients à qui on ne dit rien, qui sont « sous observation », mais personne ne les observe, à qui on donne tous un soluté de dextrose 5% indépendamment des besoins, dont on n’attend pas de tests, mais qui sont là. J’ai demandé à la mère de la fillette si je pouvais l’examiner, et elle était enthousiaste. Elle était brûlante, le ventre gonflé, le pouls rapide, le front en sueur et les pupilles dilatés. Mis à part palper son ventre, prendre son pouls, je ne pouvais rien faire de plus, alors je lui ai flatté les cheveux et j’ai questionné la mère. On a rit. Une Indonésienne prenait des photos, même si je ne voulais pas, la mère était heureuse de tant d’attention, je me sentais prise au piège.
Il y avait aussi une veille dame avec une hépatite. C’était une hépatite C, très traitable, et assez facilement. Ça ne semblait pas être sur l’agenda de qui que ce soit de la mettre sur antibiotiques. Son foie ne faisait plus grand-chose, son plasma fuyait de partout, ses membres étaient enflés à un point tel qu’elle pouvait difficilement serrer la main de celui qui la tenait (et elle a insisté pour serré la notre malgré tout…) et son abdomen était tellement distendu par le liquide qu’on avait l’impression qu’il allait exploser. Elle avait toujours un soluté, et sans elle aurait sans doute été en hypovolémie, mais ce dont elle avait besoin, c’était d’une infusion de protéines, pour retenir le plasma dans les vaisseaux. Je n’ai même pas mentionné l’idée : une telle infusion requiert du plasma en grand quantité, qui a été purifié, concentré et congelé. C'est-à-dire une infrastructure inexistante. Assez sombre face à son pronostic, j’ai questionné un copain allemand qui finissait ses études : « Torben, elle a combien de temps ? ». sa réponse ne m’a pas surpris, même si elle blessait « une semaine, au plus ».
C’était pareil à chaque lit : des réponses confuses, ou pas du tout. Une femme enceinte était là pour une raison obscure. J’ai fini par apprendre qu’elle venait de compléter un traitement pour la TB, malgré un crachat négatif, à cause d’évidence clinique de la maladie. Comme elle avait testé négatif avant, un nouveau test ne nous disait rien sur son était actuel. On l’avait déclarée guérie. Pourtant en écoutant ses poumons, mêmes une novice comme moi pouvait dire qu’elle avait un sacré épanchement pleural. Et que ça soit une TB ou pas, il fallait y porter attention. Un autre patient avait la TB, et lui c’était évident. D’un seul coup d’œil j’aurais pu le dire : la TB ne s’appelle pas la « consumption » pour rien, il était littéralement en train de se consommer devant nous, maigre et courbé, le souffle difficile, les yeux saillants. C’était un TB multi-résistante, le premier traitement n’avait pas fonctionné, et je crois bien que la 2e ligne était trop peu trop tard : affaibli comme il était, même avec une hospitalisation digne de ce nom, le pronostic était mauvais… et là il n’avait rien. Quand il a voulu s’asseoir pour se faire examiner, il a eu une toux violente et une hémoptysie soudaine : il a craché un caillot de sang et de mucus de la taille d’une balle de golf. A côté de moi, une fille du comité a levé sa caméra et on cliqué pour prendre un cliché. J’ai crié. Je n’avais encore rien dit sur l’attitude général de visite au zoo que les membres du comité avaient, sur cette manie de photos qui ne s’arrêtait pas devant des patients, je ne voulais rien dire car je n’étais pas chez moi et eux si, mais là c’est sorti sans que je puisse rien y faire : je veux bien croire que l’éthique est variable, mais dans tous les systèmes au monde il me semble que d’avoir le réflexe de prendre une photo quand quelqu’un crache ses poumons est inacceptable.
J’allais changer d’aile quand on m’a dit que l’un d’entre nous s’était évanoui. Pas devant la souffrance et les lits sales, les patients classés en 1ère, 2e et 3e classe, mais sous le soleil qui tapait, après avoir été malade depuis deux jours. Finalement ça a été le seul patient avec qui j’ai pu communiquer sans interprète ! Son pouls était si faible que je le détectais à peine, il était plus pâle que les draps. Une infirmière à suggéré une ligne intraveineuse et nous nous sommes tous écriés d’une seule voix « non ! ». Devant la stérilité douteuse du matériel, même dans le besoin je crois que nous aurions refusé, et là c’était loin d’être nécessaire.
On ne sort pas d’un hôpital aussi mal géré avec des réponses, mais seulement plus de questionnements. C’est une question de ressources, oui, mais aussi de gestion, de logistique, de personnel, d’inventaire, de leadership et de volonté politique. Ce soir là je me suis dit qu’un stage qui m’aurait fait faire ça tous les jours aurait été beaucoup plus intense, mais aussi que j’en avais assez pour m’écrire un roman de réflexions, et donc que le but était atteint.
Inscription à :
Articles (Atom)
