mardi 30 juin 2009

Bretonneries!

Premier grand drame de ma vie en Bretagne: on m'a gouré, il y fait 2 millions de degrés Celsius et les moustiques me mangent tout cru. On m'avait dit que ce serait frais et venteux, eh eh, archi-faux. Je me suis informée et finalement je suis tombée sur la plus chaude et ensoleillée semaine depuis 3 ans il semble, mais les maringouins, ça c'est mon problème. Ils m'aiment sans fin. J'ai déjà élevé le after bite au rang de produit de première nécessité, mille fois plus essentiel que la brosse à dents ou les tylenol... D'ailleurs, j'écris avec des restes de maringouin écrapouti à l'écran: le moustiquaire, les Français connaissent pas, alors je crame les fenêtres fermées, on je me fais bouffer plus ou moins stoïquement alors que mon portable devient un repaire à papillons de nuit et que les moustiques pleins de mon sang s'écrabouillent à l'écran.

Le jour 3 s'est déroulé sous le signe de la bretonitude absolue: 12 sur une échelle de 10, au moins. Campagne bretonne, petite ville bretonne, crêperie bretonne et barbecue breton. Vraiment.

Je dois m'assumer comme une fille qui juge: je juge, vite et mal parfois, mais au moins je modifie mes jugements en permanence, en attendant, mes réflexions sur les Français, et les Bretons, vont bon train, c'est toujours pensé gentiment, malgré tout...

1. Les Bretons sont mille fois mieux que les Parisiens. Ils pigent pas toujours ce qu'on dit, mais ils essayent de comprendre et demandent en riant des explications plutôt que le strident "vous dîîîîtes?" parisien, alors que le pauvre diable peut très bien comprendre s'il faisait un minimum d'effort.
2. La Bretagne c'est vert et joli comme tout, la France a beau être densément peuplée, on ne se pile pas sur les pieds ici: champs, bosquets, collines, plages, baies, forêts, on est loin du Paris. Pour moi, qui était venue en France une fois, soumise aux beautés architecturales parisiennes seulement, ou presque, c'est une découverte bienvenue...
3. Les Bretons conduisent comme des maniaques, mais une balade sur l'autoroute n'est jamais ennuyeuse, à cause de leurs sacrés noms de lieux et de choses à coucher dehors: Merdrignac (non mais, Merdequoi?), Guerbourbon, Ploufragan (mon ami Alex de s'écrier "on dirait le nom d'un pauvre chevalier imbécile qui met sa cuirasse à l'envers et se fait sauver par son chien", selon nos hôtes Bretons, c'est pas si loin de la vérité!), Quessoy (De ké sé?), Saint-Tugdal (on a bien des Saint-Machin au Québec, mais Tugdal, je n'y aurais pas pensé!), Locmalo, et ça continue! Encore mieux: les équivalents en breton, du divertissement sans, tu n'as pas fini de comprendre un panneau que 10 meilleurs s'offrent à toi, vraiment, l'autoroute n'a jamais été aussi pleine de rebondissements...
4. Les super petites villes médiévales à croquer, avec un malaise quand j'entends "oh, mais il est noir!" devant un pauvre mec de couleur qu'on semblait trouver poche en moto. Dans une ville où la richesse des murs vient du commercer des négriers, ça me laisse un drôle de goût.
5. Les crêpes bretonnes: elles prennent 99% de ton énergie pour être digérées, je suis donc devenue un légume après leur consommation, mais une authentique galette de sarrasin avec du jambon de pays, du fromage et des champignons (et il faut manger au moins deux galettes!), c'est la gloire...
6. Les plages tellement belles qu'on reste pantois, mais avec de l'eau infestée de méduse est aussi frette qu'une rivière au dégel (en tout cas pour le côté de la Manche, l'Atlantique était moins pire!).
7. La bière bretonne, excellente, et trop forte pour mon petit corps. Mais bonne quand même.
8. Les anglicismes: ok, on le sait que les Français sont forts là-dessus, ce que je trouve délirant, c'est qu'ils ne semblent pas savoir quand ils en utilisent un, ils prononcent le mot à la français, et hop c'est fait. Le "mèl" (courriel, c'est joli pourtant?), le gardening (et une boutique de matériel de gardening high-tech même! Ça ne jardine plus?), le sponsoring (ah! Horreur! Commanditaire? Partenaire? Donateur?), ... j'ai même déjà entendu "comment on dit week-end en anglais?". Mon anglicisme le plus traumatisant du jour: le discounte. Discounte? Un "discounte", avec un "ou" plus prononcé et un "e" à la fait, et le mot "rabais" peut se rhabiller. Il y aussi les "bodybourdes", pour les "body boards" qui sont des mini-planches de pseudo-surf, mais dont personne ne semble piger l'étymologie.
9. Les routes! Magnifiques... et sans péages! Je n'y comprenais rien: pourtant j'étais d'accord avec cette idée d'université gratuite, mais de route payante. Ce serait qu'Anne de Bretagne, une maîtresse femme visiblement, aurait "donné" son coin de pays au Roi en échange de bien des choses, dont la promesse qu'on ne taxerait jamais les Bretons pour se promener par chez eux... il y a 500 ans. Et ça tient toujours. C'est ainsi que les autoroutes sont vierges de points de péage, et les Bretons aiment tant que Lorient se trouve à être la seule ville de plus de 60 000 habitants où les stationnements sont gratuits en France... parce que les citoyens ont systématiquement arraché les pracomètres quand on a essayé d'en mettre. Devant les irréductibles Bretons, l'idée a été mise à la poubelle.

Finalement le décalage me monte à la tête: je suis insomniaque. Je n'ai pu m'endormir qu'à 5h ce matin, pour trop peu de temps, et à bientôt 3h, pas de signe de sommeil chez moi. Je pensais que c'était une phase maniaque, mais ça fini par me passer d'habitude. Au pire: je sieste demain à la plage?

Finalement, entre la visite de Saint-Brieuc (fouillez-moi ce que le "c" fait là...), où nos hôtes (Maël et Marie-Laure) visitait le père de cette dernière qui y a été opéré, la plage de Pléneuf-Val-André, la crêperie et un souper avec la mère de Marie-Laure, la journée a filé. Découverte culinaire du jour: de la lotte, un super poisson, et des oranges au barbecue, ça se fait en brochettes. Et des oranges au barbecue: c'est délicieux! J'en suis toute retournée! Tentez la chose au plus vite, en quartiers dans des brochettes ou en tranches sur le grill, parole de touriste bretonienne.

Bonne nuit!